Ecole de musique du Val Lamartinien
Ecole de musique du Val Lamartinien Ecole de musique du Val Lamartinien
Dimanche 01/08/2010
- 08 - le free jazz (1960-1970)

HISTOIRE DU JAZZ






VIII A NEW THING: LE FREE JAZZ (1960-1970)





MOUVEMENTS CIVIQUES CONTESTATAIRES


Le free jazz apparaît aux États-Unis au début des années 1960, dans un contexte politique agité (guerre du Vietnam)
et à un moment où la contestation sociale grandit au sein de la communauté noire.



Rosa Parks




Rosa Parks
devient célèbre lorsque, le 1er décembre 1955 dans la ville de Montgomery,
elle refuse d'obéir au conducteur de bus qui lui demande de laisser sa place à un Blanc
et d'aller s'asseoir au fond du bus.

le mouvement des droits civiques aux Etats Unis
le mouvement des droits
civiques aux Etats Unis

 











freedom ride




Le premier Freedom Ride (voyages de la liberté) part de Washington DC
le 4 mai 1961, et le temps du voyage le groupe passe de 13 à 450 militants
noirs et blancs. Ils utilisent la résistance non-violente contre les émeutes
et les arrestations massives des autorités: bus incendié, militants battus
par la foule raciste, emprisonnements dans les États du Sud sous prétexte
de violer les lois ségrégationistes.


 
 

I have a dream (Martin Luther King)




C'est le 28 août 1963 que Martin Luther King prononce son célèbre discours
"I have a dream" du haut des marches du Lincoln memorial. Il illustre clairement
le désir de voir dans le futur les Afro-américains et les Blanc-américains coexister harmonieusement et vivre égaux. 450 000 personnes sont réunies ce jours là,
Noirs comme Blancs.





Black Power




En 1966
Stokely Carmichael, président du SNCC (comité étudiant), diffuse l'expression
de Black Power: le premier objectif est d'amener la communauté noire à prendre conscience
de ses racines, de son histoire, de sa culture, et à définir ses propres buts en transformant
la société et en rejetant les principes racistes. Par des pressions économiques et politiques,
ils doivent participer au contrôle les institutions. A la violence ils opposent la contre-violence s'appuyant sur le droit constitutionnel.


Malcom X   Malcom X




 

Elijah Muhammad & Muhamed Ali

 

Elijah Muhammad, fondateur des Black Muslims refuse tout contact avec les Blancs.
Il prône la création d'une nation
noire vivant en circuit fermé, dans une contre-société retranchée du milieu américain et de ses perversions: un véritable Black Muslim ne boit
pas d'alcool, ne fume pas, ne se drogue pas, ne mange pas de porc, jeûne fréquemment, s'abstient même des plaisirs de la musique et de la danse, pour ne rien dire des libertés
de moeurs; ce puritain est aussi assidu au travail qu'aux prières.

Le Boxeur Cassius Clay, devenu Muhammad Ali est l'un des adeptes les plus connu
de ce mouvement religieux séparatiste.






Black Panthers




Le Black Panther Party, est créé en 1966 par Bobby Seale et Huey Newton à Oakland
(San Francisco). Les Noirs doivent s'armer pour se défendre: patrouilles dans les ghettos,
armés de mitraillettes, en vue de protéger leurs frères de couleur contre les brutalités
dont ils sont victimes. Devenant l'ennemi principal de la police fédérale, leurs leaders
sont arrêtés et abattus.








L'assassinat de Martin Luther King en avril 1968 prive les Noirs américains du seul leader qui pouvait parler
au nom du plus grand nombre; et la coalition des Blancs libéraux qui le soutenaient s'est évanouie.





Smith et Carlos au Jeux Olympiques de Mexico

Les athlètes américains Smith et Carlos
1er & 2° sur le podium du 200m
aux jeux Olympiques de Mexico en 1968,
lèvent un poing ganté de noir,
symbole du Black Power,
pour protester aux yeux du monde
contre la ségrégation raciale.




voir la vidéo jazz-60-segregation              
histoire de la ségrégation             
réalisé par
"I have a dream 2009-2010"
               
(association étudiante)
             






L'action se poursuit jusqu'en 1970-1971, surtout dans les grandes villes et marquée

par une forte tendance révolutionnaire. Sous l'influence de la guerre du Vietnam,
les mouvements noirs se déclarent solidaires des peuples du Tiers Monde.



 squatter movment
squatter movment

 




Dans les années 1990, les retombées de la bataille
pour les droits civiques des Noirs américains sont visibles:
le pouvoir politique noir est maintenant entre les mains
d'un puissant groupe parlementaire (le Black Caucus)
représentant 12 % de la population, ils comptent
7000 élus en 1993 (contre 300 trente ans plus tôt).






 


 













THE NEW THING, UNE NOUVELLE CONCEPTION DE LA MUSIQUE


Héritier des bouleversements sociaux et politiques de la lutte des afro-américains, fils de la fureur revendicatrice
du hard bop, le free jazz entend faire table rase des traditions. Caractérisé par le retour à l'improvisation collective,
il a pour projet de libérer la musique des schémas établis. Il ne s'agit plus d'enrichir les moyens traditionnels,
mais de remettre en cause les fondements du jazz: régularité du tempo, swing, structures harmoniques.


La liberté totale est l'idéal proclamé.                                                                        




Une première tendance se définit par la recherche d'une spiritualité empruntée à l'Orient.
Musique incantatoire, utilisant des gammes modales. C'est l'art, avant tout, du sax au timbre déchiré
John Coltrane
(Cousin Mary, My Favorite Things, A Love Supreme), de Charlie Mingus (Pithecanthropus Erectus)
Cecil Taylor
et Steve Lacy (Jazz Advence), Art Blakey, Roland Kirk
(Rip, Rig and Panic)

 
 

  Charlie Mingus










Charlie Mingus
jouer le morceau jazz-291-charlie-mingus-pithecanthropus-erectus
Pithecanthropus Erectus
Charlie Mingus




 
voir la vidéo jazz-62-my-favorite-things-john-coltrane
My Favorite Things
John Coltrane




 
   

voir la vidéo jazz-61-roland-kirk
Roland Kirk

 
  Roland Kirk
Roland Kirk      
   

 
 


Une seconde tendance rejette de façon plus systématique les contraintes structurelles. Elle est représentée
par le saxophoniste Ornette Coleman et le trompettiste Don Cherry. Ornette Coleman enregistre Free Jazz
en décembre 1960 avec Eric Dolphy, disque de rupture en forme de manifeste qui fait voler en éclats la notion
de composition et les formes préétablies et choisit l'improvisation totale comme processus de création

 

voir la vidéo jazz-63-adventure-ornette-coleman
Ornette Coleman
(commentaire en anglais)

 




Le travail est poursuivi par Albert Ayler qui s'efforce de retrouver une musique du cœur et de l'instinct,
commandée par le seul feeling (Ghosts); et par Archie Shepp, porté au message politique, qui puise
dans toute l'histoire du jazz (Mama too Tight)



 

jouer le morceau jazz-292-archie-shepp-blase
blase - Archie Shepp

 

jouer le morceau jazz-293-albert-ayler-ghosts
ghosts - Albert Ayler




 



♦ Solitaire, le pianiste Cecil Taylor, enfin, développe un art fondé sur l'exploitation des structures sonores
et qui n'est pas sans rapport avec certaines recherches de l'avant-garde européenne (Unit Structure)

 

voir la vidéo jazz-64-unit-structures-cecil-taylor-art-video-alan-silva
unit structures
Cecil Taylor
(art-video: Alan Silva)

 
 



♦ Inluencées par le travail et la réflexion des musiciens free, apparaissent dans le monde entier (en Europe,
et jusqu'en U.R.S.S., mais aussi au Japon...) des musiques, le plus souvent improvisées et très différentes
les unes des autre: les influences extérieures comme les musiques savantes contemporaines (approche bruitiste, clusters, processus aléatoires chers à John Cage) et les cultures extra-européennes seront explorées par:
Michel Portal
, Bernard Lubat, Joëlle Léandre, Anthony Braxton ou Steve Lacy ...

      Que peuvent avoir en commun le guitariste anglais Derek Bailey, le multi-instrumentiste américain
      Anthony Braxton
, le pianiste sud-africain Dollar Brand (Abdullah Ibrahim), le clarinettiste-saxophoniste   
      basque Michel Portal et le percussionniste néerlandais Han Bennink ?

      A l'écoute de leurs musiques, la diversité est plus remarquable que l'unité. Ce que leurs productions ont
      en commun, ce sont d'abord une problématique nouvelle et leur opposition aux conceptions anciennes
      et
"bourgeoises" de la création musicale.




  Michel Portal
Michel Portal





voir la vidéo jazz-65-michel-portal-tri-murti
tri murti
Michel Portal





voir la vidéo jazz-67-steve-lacy-takashi-yako
takashi yako
Steve Lacy






           
 





Cooke & Léandre
Cooke & Léandre

Anthony Braxton
Anthony Braxton

 
 

voir la vidéo jazz-66-anthony-braxton-impressions
impressions
Anthony Braxton

 



Les frontières esthétiques qui isolaient jusque-là ses différents genres musicaux
volent en éclats: le blues, le rock, le rhythm and blues sont annexés par le jazz.

 






PREMIERE ETAPE, LE JAZZ MODAL


Si le hard bop permettait de longues improvisations, celles-ci se déroulaient selon une structure connue et prévisible,
en respectant une grille harmonique. Le jazz modal bouleverse ces règles, pas assez pour certains musiciens de jazz...


Sans rentrer dans trop de détails, la musique occidentale, jusqu’au Moyen-âge, est modale, puis devient tonale, respectant des règles harmoniques. En abandonnant ces règles, le jazz modal offre une plus grande liberté au musicien, qui n'a plus à respecter les grilles d'accords. Ce type de jazz favorise la mélodie, plutôt que l’harmonie.

George Russel

Le jazz modal ne peut pas être considéré comme un courant à part entière.

Il s'agit d'avantage d'une conception de l'improvisation, basée sur les théories
du compositeur, batteur, pianiste et pédagogue George Russell
(The Lydian Chromatic Concept of Tonal Organization for Improvisation)



Tous les courants du jazz vont peu à peu être concernés par cette approche.


On peut interpréter l'usage de la modalité comme une recherche de nouvelles couleurs sonores plus méditatives,
hors des chemins obligés du système tonal. Le langage modal utilise les modes pentatoniques, les séquences harmoniques répétitives, les pédales et autres basses obstinées, ou l'emploi d'échelles plus rares (le mode Bartók,
avec sa quarte augmentée et sa septième mineure par exemple).


Traversant les styles, Miles Davis s'intéresse aux climats créés par l'improvisation modale, notamment dans l'album
Milestones
: le pianiste Red Garland joue des séquences d'accords répétés pendant que les solistes improvisent
en mode dorien (mode de ré) et en mode éolien (mode mineur naturel). En 1959, Davis poursuit avec Bill Evans
dans l'album Kind of Blue, où la pièce So What fondée sur un mode dorien transposé, utilise les chromatismes


 

jouer le morceau jazz-294-miles-davis-john-coltrane-kind-of-blue
Kind of Blue - M.Davis & J.Coltrane


 

Le free jazz va également puiser dans cette source: John Coltrane avec Impressions, Ascension; Ornette Coleman...


À partir des années 1970, le jeu modal fait partie intégrante du langage du jazz. Il est aussi abondamment utilisé
dans le jazz rock (Maiden Voyage, de Herbie Hancock) et le jazz funk (Marcus Miller)

 






INNOVATIONS MUSICALES DU FREE JAZZ


Les musiciens du free jazz réclament la suppression de toute contrainte rythmique et harmonique. Le mot d'ordre
est improvisation absolue. L'époque est à la recherche, à la spontanéité. Ce besoin d'ouverture tous azimuts sera
le début d'une nouvelle ère pour le jazz.

♦ la section rythmique s'affranchit de la pulsation linéaire comme du swing ternaire. Dans cet esprit, Cecil Taylor invente le « tempo subjectif ».


l'improvisation devient collective et ne suit plus systématiquement la grille d'accords.

on recherche de nouveaux timbres, on redécouvre le growl (technique sax: on roule la langue avec le son "drr"),
la production de sons inouïs par l'utilisation non académique des instruments et l'emploi de registres extrêmes.


le piano fait place à des instruments rares, voire exotiques, joués par des poly-instrumentistes.
Ainsi, Pharoah Sanders emploie des instruments africains tels que le balafon.

 

Pharoah Sanders
Pharoah Sanders





jouer le morceau jazz-295-pharoah-sanders-the-creator-has-a-master-plan                                   
the creator has a master plan - Pharoah Sanders
                                 









le processus de déconstruction passe également par la dilution du thème, l'éclatement du flux mélodique, le recours
à des échappées atonales et l'utilisation non conventionnelle des modes (Don Cherry et sa musique « primale »).

sur scène, les musiciens du free jazz développent un engagement véritablement physique avec leur instrument.
Leur énergie est proportionnelle à leur croyance en de très forts idéaux. Les durées s'étirent: une improvisation
peut durer près de 14 minutes !

 







LES MUSICIENS DU FREE JAZZ



John Coltrane


John Coltrane
(1926-1967), dit «Trane», est considéré comme l'une des figures historiques du jazz. Les lenteurs d'une carrière longtemps obscure, entreprise dès 1945 dans de petits orchestres de danse, ont favorisé chez lui l'introspection et une recherche esthétique.
Il contribue ainsi , avec Sonny Rollins, à l'évolution du style bop avant de le faire éclater, avec le free jazz.


C'est au sax alto qu'il commence dans des formations de rhythm and blues comme celle
de Joe Webb, écoles de véhémence, de ferveur rythmique et d'expressionnisme sonore.
En 1948, il appartient à l'orchestre du célèbre Apollo de Harlem. Il se consacre au jazz proprement dit, jouant avec H. McGhee et P. Joe Jones, puis aux côtés de D. Gillespie,
E. Bostic
, J. Hodges, J. Smith et B. Powell...

En 1955, encore ignoré du public, il est engagé par Miles Davis pour enregistrer quelques-uns des disques phares
de l'époque (Cookin', Relaxin', Steamin', etc.). Il y affine sa technique: volubilité rageuse, sonorité rugueuse ... 
Coltrane est sollicité par Thelonious Monk et rompt définitivement avec les clichés hard bop. Il prend l'habitude
de jouer de très longs chorus, Monk abandonnant parfois son tabouret pendant 20 minutes, une heure ou d'avantage !


Revenu près de Miles Davis: la prolifération est désormais source de son expression: constellations de notes, fulgurantes ascensions vers l'aigu, brusques plongées dans le grave. Son exaltation, la tension continue et l'agressivité de son jeu inspireront les musiciens du free jazz.

En 1960, Trane forme avec le batteur Elvin Jones, le pianiste McCoy Tyner et le contrebassiste Steve Davi
son propre quartette. Il explore le champ modal, et passe au sax soprano. Il se passionne pour les musiques d'Afrique, d'Asie, et pour les philosophies contemplatives de ces régions: avec des œuvres comme Chasin' The Trane (1961),
il opère une sorte de "montage en boucle
de séquences" singulièrement obsédant.

Coltrane n'a pas cessé de regarder du côté des avant-gardistes: C. Taylor, O. Coleman, E. Dolphy, A. Shepp,
M. Brown (Ascension), A. Ayler, P. Sanders (Meditations)



 

Coleman & Haden
Coleman & Haden

 

jouer le morceau jazz-296-john-coltrane-pharoah-sanders-om-solos
om solos - Coltrane & Sanders


La musique de John Coltrane
continue d'exercer une influence considérable, on ne compte plus, en effet, les jazzmen
qui se sont réclamés de lui, ou auraient dû le faire: par exemple A. Shepp, W. Shorter, J. Henderson, A. Pepper,
E. Daniels
, M. Brecker, B. Berg, J. Bergonzy.


jouer le morceau jazz-30-naima
naima - Coltrane

 






Steve Lacy


Steve Lacy
(1934-2004) n'a jamais oublié ce qu'il devait au style New Orleans, ni renié
sa passion pour la musique de Thelonious Monk. Cet artiste atypique, ouvert à toutes
les expériences poétiques, est devenu l'un des rares spécialistes du sax soprano.


Il fait ses classes à la clarinette et au soprano au sein d'orchestres d'inspiration traditionnelle, dirigés par Henry Red Allen, Pee Wee Russell, Jo Jones, Hot Lips Page, Zutty Singleton, Willie The Lion Smith. Il continue sa formation à la Schillinger House of Music de Boston puis
à la Manhattan School of Music, où il pratique la flûte, le sax baryton, alto et soprano.


Il rencontre alors Cecil Taylor, avec qui il enregistre notamment Jazz Advance. La musique
de Thelonious Monk, avec qui il jouera en 1960 puis en 1963, influence profondément son style.

Il se produit avec
Gil Evans et participe à l'enregistrement de l'album The Individualism of Gil Evans. D'une curiosité sans limite, Lacy pratique la musique de Duke Ellington et de Billy Strayhorn, interprète Kurt Weill, transpose
Anton Webern. Ses fréquentations musicales ne connaissent pas d'interdit et mêlent M. Waldron, E. Jones,
S. Rollins, O. Coleman, R. Rudd, A.e Shepp, C. Terry, B. Neidlinger...


En 1965, Steve Lacy s'installe en Europe qui prête une oreille attentive à ses expériences les plus avancées.
Il fréquente Don Cherry, Carla et Paul Bley, Niels-Henning Ørsted Pedersen, Jean-François Jenny-Clark, Gary Burton, Max Roach et Abbey Lincoln, forme un quintette avec Michel Portal. Dans le bouillonnement artistique parfois désordonné de l'époque, il est de toutes les aventures esthétiques. Il met en musique des textes poétiques, improvise pendant des créations picturales, accompagne le pas des danseurs ...


Lacy a su construire, un univers sonore très personnel avec de curieuses couleurs antillaises. Dans son arbre généalogique figurent en bonne place Bechet, Ellington, Monk, mais aussi Bach, Stravinski, Bartók, Webern ...
Son chant acéré exploite toutes les ressources du sax soprano, de l'aigu le plus pincé aux rondeurs les plus épanouies.

 

jouer le morceau jazz-301-steve-lacy-alone-together                                                    
alone together - Steve Lacy
                                                    

 

 


 



Ornette Coleman



 


Dès ses premiers enregistrements en 1958, Ornette Coleman
(1930), attire sur lui excommunications et sarcasmes en expérimentant une musique qui annonce le free jazz.
Il prolonge et radicalise le système musical de Charlie Parker. Il revendique une totale liberté d'improvisation. Obsédé par une volonté d'architecture, l'improvisation est tenue pour un mode de construction, d'organisation de la forme.


 

jouer le morceau jazz-302-ornette-coleman-free-change-of-the-century
change of the century - Ornette Coleman



               
  voir la vidéo jazz-68-ornette-coleman

 

Le début des années 1970 marque un certain tournant dans le style de Coleman: il mêle des musiques traditionnelles,
le free, le rock, le funk, etc...

 

 





Don Cherry


Trompettiste et compositeur, mais aussi flûtiste, percussionniste et pianiste, Don Cherry
(1936-1995) demeurera sa vie durant influencé par son origine métisse: son père est noir,
sa mère indienne Choctaw.

Dès 1951, il joue avec Red Mitchell, Wardell Gray et Dexter Gordon. Il monte un petit orchestre avec le saxophoniste ténor James Clay. En 1958 il rencontre celui qui va orienter
toute sa vie musicale: Ornette Coleman.


Il enregistre Free Jazz. Classique avec Coleman, provocateur avec Rollins, il enregistre avec Steve Lacy et on le retrouve dans le quintette d'Archie Shepp et Johu Tchicai.


En 1964, il s'établit en Europe, où sa créativité trouve un second souffle. Il dialogue avec Gato Barbieri, Karl Berger, Jean-François Jenny-Clark, Jacques Thollot ou Aldo Romano. De nombreux jeunes musiciens européens
lui doivent le lancement de leur carrière. Il travaille avec le compositeur italien Giorgio Gaslini sur Nuovi Sentimenti, œuvre où se mêlent écriture sérielle et improvisation free (1965).


 

 

Georgio Gaslini
Georgio Gaslini
 

G.Gaslini: piano, D.Cherry: trompette, S.Lacy: sax soprano, J.F.Jenny-Clarke: basse
G.Gaslini: piano, D.Cherry: trompette,
S.Lacy: sax soprano, J.F.Jenny-Clarke: basse



Son activité est intense avec C. Bley, A. Ayler, G. Peacock, S. Murray, P. Sanders, le
Jazz Composers Orchestra
ou le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden.

 

Charlie Haden
       Charlie Haden

jouer le morceau jazz-303-charlie-haden-liberation-music-orchestra-song-for-che
song for Che - Liberation Music Orchestra


Élément moteur d'une révolte unique, Don Cherry dispose d'une technique qui peut paraître rudimentaire tant elle vise
à la simplicité. Une grande délicatesse de son jusque dans le suraigu, une maîtrise les rythmes populaires, empruntés
aux mélopées africaines ou orientales, des références à Webern caractérisent son art.

L'héroïne le privera progressivement de tous ses moyens physiques.


 

voir la vidéo jazz-69-sonny-rollins-don-cherry-billy-higgins
S.Rollins, D.Cherry & B.Higgins

 







 

Eric Dolphy


Eric Dolphy
(1928-1964) est engagé par Mingus puis par Coltrane. Il enregistre aux côtés
de nombreux musiciens, dont Ornette Coleman et Chico Hamilton.


 

voir la vidéo jazz-70-eric-dolphy-charles-mingus
Dolphy & Mingus



La musique de Dolphy opère une brillante transition entre le be-bop et le free jazz.
Multi-instrumentiste (il jouait de la clarinette, de la clarinette basse, du sax alto et de la flûte),
il s'applique d'abord à exagérer l'aspect anguleux et discontinu du phrasé de Parker:

il instaure ainsi une sorte de nouveau bop hérissé, fragmenté à l'extrême, bondissant à travers les octaves.
Son débit exceptionnellement fluide donne à sa phrase une remarquable flexibilité. Il cultive des audaces harmoniques
et rythmiques (refus du tempo continu, par exemple) annonçant l'avant-garde.


 

                                                jouer le morceau jazz-29-gazzelloni
                                                gazzelloni - Eric Dolphy



 

 

 
 

Donald et Albert Ayler
      Donald et Albert Ayler

En 1964, le saxophoniste ténor Albert Ayler (1936-1970) enregistre Ghosts, qui passe pour l'un des manifestes fondateurs du nouveau jazz et utilise toutes sortes de sons
et de bruits (cris, râles, sifflements, crissements, coassements, couinements, raclements).

Il utilise la technique du collage: sonneries militaires, appels de trompe, comptines, rumeurs d'orphéon, citations approximatives d'hymnes nationaux (God Save the Queen,
La Marseillaise), rengaines mièvres ... sont juxtaposés à des séquences où les instruments
grincent en une polyphonie sauvage, anarchique. Cette succession se présente comme un événement plutôt que comme une oeuvre organisée.


Scandalisée, la critique conventionnelle admet mal cette « cacophonie ». Ayler est accusé d'ignorance musicale,
et, bien sûr, de mauvais goût. En montrant que le collage d'éléments empruntés aux cultures américaines et africaines ne peut être qu'une collision, Ayler démontre que les noirs doivent se reprendre en main après avoir longtemps cédé,
et notamment dans le jazz, aux intimidations et aux séductions de la culture blanche.

 




 


Archie Shepp

 

Le saxophoniste ténor et soprano (également pianiste) Archie Shepp (1937) enregistre avec C. Taylor, forme en 1963 un premier quintette avec J. Tchicai et D. Cherry, puis, en 1964, un sextette sous le patronage de Coltrane. Il participe à la fondation de la Jazz Composers Guild, qui regroupe l'avant-garde.

Il devient un des artistes les plus engagés et les plus écoutés du free jazz. À partir de 1975, il se partage entre l'enseignement de la musique à l'université d'Amherst (Massachusetts) et des tournées à l'étranger.


Avant-gardiste qui veut refléter dans sa musique les luttes politiques du peuple noir,
et si possible les promouvoir, Shepp reste fidèle à la tradition: nombreuses références
à Duke Ellington, Charlie Mingus, Charlie Parker, au blues classique, au spiritual
et au rhythm and blues. Ses improvisations renferment des passages où transparaît l'influence de Ben Webster.

Pour le marxiste Shepp, la révolution des Noirs d'Amérique passe par la réappropriation de leurs  culture colonisée
par la société blanche. Sa tentative est l'une des plus cohérentes dans le cadre d'une idéologie où la liberté des formes ne va pas sans la libération des consciences.


 

jouer le morceau jazz-304-archie-shepp-sous-le-ciel-de-paris
sous le ciel de Paris - Archie Shepp

 

 






Cecil Taylor

Dès les années 50, Cecil Taylor (1933) se fait remarquer (et détester) pour sa conception
de l'improvisation
fondée sur la discontinuité, et un «aventurisme» harmonique proche de l'atonalité. En 1960, il rompt de manière plus décisive encore avec la tradition. Dans l'intensité
et la vitesse d'exécution qui varie sans cesse, il trouve ses principaux moyens d'expression.


De tous les musiciens du free jazz, il est celui dont les œuvres entretiennent le plus de rapports avec les recherches menées en Europe (celles de Stockhausen, par exemple).

Dans les années 1970 et 1980, il ajoute fréquemment aux sons instrumentaux des éléments vocaux dont les textes sont généralement écrits par lui-même, ainsi que des pas de danse d'inspiration amérindienne. À la fin des années 1980, surtout, les transes, les incantations d'inspiration africaine se mêlent à un piano-percussion pour créer une tension extrême.


                                               jouer le morceau jazz-305-cecil-taylor-things-int-what-they-used-to-be
                                               things in what they used to be - Cecil Taylor

 

 


 




Lester Bowie (1941-1999) fonde, en 1957, un premier orchestre dédié au rock et au rhythm'n'blues.
En 1965, il  accompagne des guitaristes chanteurs de blues (Little Milton, Albert King... ) et des stars
du rhythm'n'blues comme Solomon Burke, Joe Tex et Rufus Thomas.


En 1966, à Chicago, il devient membre de l'A.A.C.M., une "coopérative" qui rassemble une cinquantaine de musiciens
et d'artistes noirs soucieux de défendre leurs intérêts et de promouvoir l'émergence d'une musique nouvelle.

  A.A.C.M. A.A.C.M.


L'Art Ensemble of Chicago en émerge. À sa création, en 1968, il réunit, outre Lester Bowie, trois poly-instrumentistes: Roscoe Mitchell, Joseph Jarman et Malachi Favors; le batteur Don Moye les rejoindra en 1970. Le premier disque de l'ensemble, Message to our Folks, est enregistré en 1969 en France: style, indiscutablement free, sarcasme, parodie et bruits parasites. Au cours de mises en scènes théâtrales se mêlent exploits individuels et improvisations collectives.


 

  Art Ensemble of Chicago

jouer le morceau jazz-306-art-ensemble-of-chicago-people-in-sorrow
people in sorrow
Art Ensemble of Chicag
o


Bowie restera toujours fidèle à l'Art Ensemble of Chicago. Il mène en parallèle une carrière de soliste indépendant
et enregistre avec David Murray, Jimmy Lyons, Archie Shepp, Leo Marcello, Leo Smith...


Lester Bowie est un virtuose: attaques incisives, growl, travail sur le souffle, large palette de couleurs sonores.
Sa technique s'exprime dans l'enchaînement rapide de courtes séquences et d'éblouissantes envolées.

 






 

 

Billy Higgins

Avec son exceptionnel sens des couleurs, son intelligence rythmique et son enthousiasme,
Billy Higgins
(1936-2001) s'est imposé comme l'un des batteurs majeurs des années 60 à 80. Son nom demeure associé à quelques-uns des plus grands jazzmen: T. Monk, J. Coltrane,
D. Gordon, S. Rollins ...


Billy Higgins joue dans des ensembles de rhythm'n'blues et de rock, ceux d'Amos Milburn,
de Bo Diddley et de Jimmy Witherspoon, notamment. Il effectue aussi des tournées avec
D. Cherry et J. Clay. À l'occasion, il travaille avec W. Benton, D. Gordon, C. Perkins,
L. Vinnegar, S. Gaillard, T. Edwards et J. Castro. À la fin des années 50, il apparaît
dans les premiers enregistrements d'Ornette Coleman.


Il enregistre en 1958, l'album Something Else ! ! ! !, qui annonce le free jazz.
Il continue d’enregistrer avec Coleman (The Shape of Jazz to Come, Change of the Century)
Il est du nombre des pionniers qui signent, le très contestataire album Free Jazz


À la suite d'une violente altercation avec la police, les clubs de New York lui sont interdits.

Billy Higgins renoue avec la tradition de la permanence rythmique, à la cymbale "top hat“, au dessus de laquelle
se détachent ses plus libres improvisations. Il alterne avec maîtrise les attaques dynamiques, les roulements,
un jeu subtil sur les résonances et une impressionnante utilisation du silence.

 








Charles Tyler

Charles Tyler (1941-1992) étudie le piano et la clarinette, puis aborde le sax alto
et le baryton. Il rencontre Albert Ayler et se lie d'une forte amitié (Spirits Rejoice) Charles Tyler étudie auprès du tromboniste David Baker. À la fin des années 1960,
il enseigne en Californie, devient une figure des lofts new-yorkais.


Tyler fonde son propre label, AK.BA Records, où figurent des enregistrements du poète Barry Wallenstein. Dans les années 1980, il collabore avec Sun Ra.

 





 




Sun Ra

Sun Ra (1914? 15? -1993) a choisi de s'appeler Soleil, en américain (Sun) et en égyptien
(Râ, dieu du Soleil). Le personnage est singulier, excentrique. Il anime des spectacles monumentaux et baroques: science-fiction de pacotille, splendides envolées free sous
des tonnes de convention mélodique, authentique expression d'un peuple opprimé
masquée par une philosophie de bazar ...


En 1947, il enregistre avec les Dukes of Swing, le big band d'Eugene Wright.
Puis Sun Ra se produit en trio et joue d'un instrument électronique à clavier de son invention.

Il fonde en 1956 "Arkestra", qui connaîtra au fil des années de multiples appellations:
Solar, Myth Science, Astro Infinity, Intergalactic Research, Astro Intergalactic Infinity,
Outer Space, ... Ses musiciens seront en revanche d'une exceptionnelle fidélité:
A. Silva
, P. Sanders, C. Thornton, C. Davis, C. Harris, L. Humphries, C. Jarvis,
C. Newborn
, J. Ore, J. Priester, J. Spaulding, B. McKinney, S. James, W. Ware.


  Arkestra

Alan Silva
Alan Silva


Les concerts de l'Arkestra (entre 4 et 6 heures sans interruption) offrent un spectacle total mêlant musique,
jeux de lumière, déclamation de textes, mise en scène haute en couleur. Le tout fait un peu désordre, malgré
une discipline de travail d'une rare sévérité, mais ne manque ni d'allure ni de gaieté. Il s'y développe assez
d'extravagances pour être interdit par le ministre français de l'Intérieur Raymond Marcellin. L'Arkestra enregistre
beaucoup pour Saturn, le label personnel de Sun Ra, mais la diffusion de ses disques (près de deux cents)
reste confidentielle auprès d'un public restreint d'inconditionnels.

 

 
 

Au début des années 1960, Sun Ra à la Jazz Composer's Guild Association. S'il accueille des musiciens free
et réalise quelques tentatives pour acclimater ce style au grand orchestre, le bop reste le langage fondamental
de la formation, et l'expressionnisme de Duke Ellington son influence principale. 

L'orchestre se situe dans un monde exotique: utilisation d'instruments électroniques, longs et lancinants collectifs
de percussions qui revendiquent l'ancienne Égypte ou l'Éthiopie, références à un folklore africain imaginaire...


 

voir la vidéo jazz-71-sun-ra-arkestra                                                           




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