Ecole de musique du Val Lamartinien
Ecole de musique du Val Lamartinien Ecole de musique du Val Lamartinien
Dimanche 01/08/2010
- 07 - le hard-bop et la soul music (1954-1960)

HISTOIRE DU JAZZ




VII LE RENOUVEAU DU BOP (1954-1960)




REACTION AU COOL JAZZ

En opposition au cool jazz que certains jugent "édulcoré", apparaît le hard bop, un jazz musclé au son dur,
qui prône le retour à l'improvisation et à la liberté formelle.

En 1954, les Noirs reprennent en main ce qui est, tout de même, leur musique, en faisant un retour au bop,
moins exubérant mais peut-être plus violent: les sonorités se durcissent (hard bop), on cultive à nouveau
un climat torride: d'où le terme jazz funk (c'est-à-dire fortement expressif) ou soul jazz (jazz de l'âme)
que l'on donne volontiers à ce courant.

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me and you blues - Charles Mingus




D'anciens boppers parviennent au premier plan: le batteur Art Blakey avec ses Jazz Messengers (Moanin’)
le bassiste Charlie Mingus, dont le groupe s'ouvre à une liberté collective qui prépare l'avant-garde (Fables of Faubus)
le pianiste Thelonious Monk, au jeu abrupt tardivement compris (’Round About Midnight, Criss Cross, Blue Monk)


 

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moanin
A.Blakey & C.Mingus



 

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round about midnight
Thelonious Monk

 



Le trompettiste Miles Davis revient à un jeu moins éthéré et renoue avec le blues (Bags’ Groove)



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bags groove - Mile Davis


    

Les saxophonistes sont mis en valeur: Art Pepper passe d'un genre à l'autre, alors que Johnny Griffin joue dans
un style assez représentatif de l'époque. Stan Getz, quant à lui, ne se cantonne pas dans un jeu cool et sait montrer, après 1949, une facette plus énergique. C'est à ce titre qu'il influencera John Coltrane débutant, que l'on découvre
au côté de Miles Davis. le sax alto Cannonball Adderley, émule un peu brouillon de Parker (This is Here) joue résolument funky (The Cannonball Adderley Quintet in San Francisco, 1959), le sax ténor Sonny Rollins, violent
et généreux (Freedom Suite), brouille les pistes, utilisant des sonorités rudes sur des rythmes caribéens.
Avec Clifford Brown et Max Roach, il apporte sa touche personnelle au hard bop (Blue Seven ou At Basin Street)

Coltrane, Adderley, Davis, Evans
Coltrane, Adderley, Davis, Evans

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this is here - Cannonball Adderley

  

De nouveaux musiciens se révèlent:

le trompettiste Clifford Brown, au style chaleureux et d'une grande souplesse harmonique (George's Dilemma)
ses interprétations sont héritées de son expérience de pianiste de rhythm and blues; le pianiste Horace Silver,
au style percutant (Doodlin'), construit ses improvisations sur des séquences harmoniques composées de plusieurs variations, ou blocs; le batteur Philly Joe Jones, inventif et efficace; l'organiste Jimmy Smith, véhément, exacerbé (The Sermon,The Champ) dont le jeu, extrêmement «soul», rejoint parfois le rhythm and blues, incarné, à l'éoque,
par le chanteur Ray Charles (Soul Meeting)




 

Clifford Brown
Clifford Brown

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Georges Dilemma - Clifford Brown

   
         
   

Horace Silver
Horace Silver

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doodlin - Horace Silver

 






BLACK IS BEAUTIFUL


Le hard bop prend source dans un mouvement qui veut rendre au peuple Afro-américain la fierté de ses origines
et la confiance en ses capacités, Black is beautiful (Le Noir est magnifique): retour à l'Afrique, aux sources
de la musique, et réaction agressive (musicalement parlant) contre le cool jazz surtout dominé par les blancs.

 

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interview


 


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revolution

 

Nina Simone

   

Soucieux d'habiter leur héritage, les musiciens noirs s'inspirent à nouveau du blues et du gospel.



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 feeling good - Nina Simone




Même si la plupart des acteurs de ce courant ont fait leur apprentissage dans le style bebop, ils sont influencés
par le rhythm' and blues, notamment dans les jeux du piano et du saxophone. Il s’agit d’un style extrêmement
technique, qui demande une grande virtuosité. Les harmonies complexes du bop sont toujours utilisées.


Kenny Burrell





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midnight blue - Kenny Burrell                                                                   




   
     
  Kenny Burrell   


Le tempo est généralement plus lent que dans le bebop, le rythme y est nettement plus marqué, sans doute en raison
de la contribution majeure des batteurs Max Roach et Art Blakey. On découvre ainsi des batteurs-compositeurs.

 

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melody from the drums - Richmond
                                                                                 






LES GROUPES DE HARD BOP

Le hard bop est généralement pratiqué par un quintet composé d’une section rythmique (pianiste, batteur et bassiste)
et de deux "soufflants" — communément un saxophoniste ténor et un trompettiste — qui interprètent ensemble
un thème entourant une série de solos improvisés tour à tour par chacun des musiciens.


Le premier quintette caractéristique est fondé en 1954 par le batteur Max Roach et le trompettiste Clifford Brown, rejoints en 1955 par le saxophoniste ténor Sonny Rollins.

Toutefois, on considère que le premier représentant de ce style fut le groupe des Jazz Messengers créé par le batteur Art Blakey et le pianiste Horace Silver en 1955. Ce dernier formera en 1956 son propre quintette.

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Jazz Messengers




En 1955 Sonny Rollins ayant décliné l’invitation, Miles Davis embauche le saxophoniste John Coltrane encore inconnu dans son quintet, au côté de Red Garland (piano), Paul Chambers (basse) et Philly Joe Jones (batterie).

En 1957, c’est au tour de Sonny Rollins de créer son ensemble (avec Silver, Monk, Chambers)  et d’inaugurer l’apparition du trombone dans le hard bop avec Jay Jay Johnson.

Jusqu'au début des années 1960, la firme discographique Blue Note va promouvoir des artistes attirés par le son funky notamment Herbie Hancock, Chic Corea et Tony Williams, futures figures du jazz fusion.

L'influence du hard bop est largement présente dans l'acid jazz, ou dans le jeu des Branford et Wynton Marsalis.





LES MUSICIENS DU HARD BOP



Charlie Mingus


Enfant,
Charles Mingus (1922-1979) participe à des cérémonies religieuses très typées
qui marqueront à jamais l'homme et le musicien: « Quand j'étais gosse, la musique d'église
était la seule que je pouvais entendre: les gens entraient en transes, l'atmosphère était
plus sauvage, moins inhibée que dans les églises méthodistes. Il y avait des instruments,
on jouait le blues. Il y avait aussi ces dialogues faits de lamentations et de répétitions
qui unissent les fidèles au prédicateur
. »

Il étudie d'abord le trombone, puis la contrebasse, instrument dont il achèvera l'émancipation.
Il s'exerce tôt à la composition. Il joue ensuite avec L. Armstrong, K. Ory, L. Hampton,
R. Norvo
et avec B. Taylor.

Forte personnalité, aux préoccupations intellectuelles, doté d'une sonorité puissante, d'une dextérité peu commune
et d'une imagination toujours en éveil, il est le partenaire que s'arrachent les plus grands.

On le retrouve avec C. Parker, S. Getz, B. Powell, D. Ellington ou A. Tatum pour de mémorables séances ...

Il écrit ses premières œuvres expérimentales en collaboration avec le saxophoniste-compositeur Ted Maceo au sein d'un orchestre – Charlie Mingus and his Modernists – où se rejoignent Thad Jones, Mal Waldron et Kenny Clarke.
Un nouveau style
s'élabore, basé sur l'improvisation collective, qui préfigure le free jazz.

Si le jazz a toujours été l'expression d'un certain désespoir, d'une certaine revendication sociale, la musique de Mingus
est la première à s'avouer aussi ouvertement engagée: « Les choses ont bien changé depuis la naissance de cette musique de prostituée appelée jazz. Ma musique parle au peuple noir et essaie de prendre sa défense contre le fric,
les esclavagistes, les exploiteurs capitalistes


La violence règne en maîtresse dans l'orchestre qu'il dirige depuis 1957 et où se succèdent entre autres:
Eric Dolphy
(flûte et sax alto), Booker Ervin (sax ténor), Jaki Byard (piano) et Dannie Richmond (batterie).
Opposition de rythmes complexes, harmonies ouvertes et dissonantes, tension et amertume, caractérisent sa musique.

      Sa révolte se traduit
également par une musique chaleureuse qui conserve des liens étroits avec la tradition.
      Parmi les écoles du jazz, Charlie Mingus n'en rejette aucune: il les a d'ailleurs presque toutes pratiquées.
      Les chants d'église, le blues et sont constamment présents dans son œuvre. Charlie Mingus n'a jamais caché
      la profonde admiration qu'il portait à Duke Ellington.


voir la vidéo jazz-48-charles-mingus
Charlie Mingus








Art Blakey

Art Blakey (1919-1990), pianiste accompli dès l'adolescence, se tourne rapidement vers
la batterie, adoptant un style frénétique. Il rejoint le big band de Billy Eckstine (1944-1947),
où il côtoie D. Gillespie, M. Davis, D. Gordon, T. Potter et F. Navarro.

En 1948 et 1949, il séjourne en Afrique, s'imprègne de la culture islamique et adopte le nom
de Abdullah ibn Buhaina. En 1953, Art Blakey, le pianiste Horace Silver, le sax ténor
Hank Mobley
et le trompettiste Kenny Dorham mettent sur pied une coopérative, qui porte
le nom de Jazz Messengers.

Dans le monde entier, les Jazz Messengers font triompher un swing simple et généreux,
un jazz immédiatement chaleureux et spectaculaire qui ne renie pas d'évidentes attaches
avec la danse. Au fil des ans se succéderont à la trompette B. Hardman, L. Morgan
et F. Hubbard, au saxophone J. McLean, J. Griffin, B. Golson, H. Mobley, W. Shorter
et J. Gilmore, au piano S. Dockery, S. De Brest, Jr Mance, B. Timmons, W. Davis,
C. Walton et K. Jarrett.

Avec des succès comme Moanin' (1958) ou Ugetsu (1963), les Jazz Messengers gagnent très vite une vaste popularité
qui durera jusqu'à la fin des années 1960.

La solidité de son assise rythmique, la souplesse de sa direction préservent à la fois la liberté des solistes et l'évolution en douceur d'un style très caractéristique: un sens très remarquable de la polyrythmie, avec, aux cymbales, un puissant parfum afro-cubain. Tenant le rythme sur la grande cymbale, Blakey sait moduler sa sonorité et relancer les solistes
par des interventions énergiques. Doté d'une grande vélocité des pieds et des mains, il lance de violents roulements crescendo qui accompagnent la fin du dernier solo et propulsent en pleine vitesse le musicien suivant.
Adepte du double time – accompagnement où le batteur joue sur un tempo deux fois plus rapide que celui du soliste –
il sait swinguer même dans des ballades...

                                                            voir la vidéo jazz-49-art-blakey-drum-solo
                                                            Art Blakey





Max Roach



Maxwell Lemuel Roach
(1924-2007) obtient un diplôme de percussion à la Manhattan School of Music. Il entend au Minton's Play House celui qui devait exercer une influence décisive sur
sa technique et son style: Kenny Clarke. Très vite, il devient le batteur préféré de Parker
et Gillespie. Il enregistre avec les plus grands: C. Hawkins, F. Navarro, C. Mingus,
T. Monk
, B. Powell, S. Getz, L. Konitz, S. Vaughan, F. Phillips, T. Dameron,
J. J. Johnson
.

Charlie Parker le retient dans ses quintettes et sextettes illustres... Cela ne l'empêche pas d'être au côté de Miles Davis en 1949 pour Birth of the Cool. Avec Charlie Mingus, il crée
en 1952 la firme discographique Debut Records.


C'est en 1952 que Max Roach rencontre Clifford Brown. Ils fondent en 1954, un quintette qui entrera dans la légende
et qui ne se dissoudra qu'à la mort accidentelle de Brown, en juin 1956. La formation comptera d'abord T. Edwards
et C. Perkins, puis H. Land, R. Powell et G. Morrow. Sonny Rollins participe aux derniers enregistrements
du groupe. Au fil des concerts et des disques, il s'impose comme une référence absolue du style hard-bop.

En 1959, il entreprend des études de composition. Très impliqué dans la lutte des Noirs pour leurs droits civiques,
il introduit une dimension politique dans ses œuvres. Il publie en 1960, avec la collaboration de Coleman Hawkins
et de Booker Little, sur un texte d'Oscar Brown Jr., un disque manifeste, violente suite antiségrégationniste,
We Insist ! Freedom Now Suite (comprenant notamment Driva' Man, Freedom Day, Tears for Johannesburg),
qui fait
une large place à la voix de sa future épouse, la chanteuse engagée Abbey Lincoln.

Il rejoint Charlie Mingus, Roy Eldridge et Eric Dolphy pour un nouvel album contestataire, Newport Rebels (1960).

Roach enregistre en 1962 It's Time, album dans lequel il anime une formation où figurent notamment un ensemble
de 16 choristes. Il se découvre de nouveaux partenaires (Freddie Hubbard, Cecil Bridgewater, Billy Harper)
et se produit en quartette, parfois accompagné d'un quatuor à cordes. Drums Unlimited, enregistré en 1965 et 1966,
fait partie de ses enregistrements les plus célèbres, avec trois titres réservées à des solos de batterie.
À partir de 1972, il enseigne la théorie musicale à l'université du Massachusetts.

Avec une frappe d'une clarté exceptionnelle, son jeu souple et tonique offre une infinie variété de timbres.
Il est l'un des premiers musiciens de jazz à savoir marier la pulsation du swing et l'élégance de la valse
(Valse Hot, Jazz In ¾ Time, Blues Waltz, The Drum Also Waltzes)


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the drum also waltzes           
 



Le fractionnement du temps est poussé à ses limites extrêmes grâce à la superposition de mesures aux caractéristiques différentes. La rigueur et la netteté de son phrasé, la lucidité et la finesse de son écoute, ses improvisations très aérées, avec une très subtile utilisation du silence, font de lui le partenaire rêvé des plus grands solistes. Comme C. Mingus,
mais sans jamais abandonner l'esthétique fondamentale du be-bop, il sera l'un des inspirateurs du free jazz.

voir la vidéo jazz-50-max-roach
Max Roach

 





Cannonball Adderley

 

 

Après des débuts en Floride dans un orchestre de lycéens qu'il dirige, le saxophoniste Julian Edwin Cannonball Adderley (1928-1975) arrive à New York en 1955.
Cette même année Pettiford l'engage. Il rejoint Miles Davis, qui crée son fameux sextette avec John Coltrane. Cannonball Adderley participe à deux albums majeurs de l'histoire du jazz: Milestones (1958) – avec M. Davis, R. Garland, P. Joe Jones, P.Chambers
et J. Coltrane – et Kind of Blue (1959), avec M. Davis, B. Evans, W. Kelly, J. Cobb,
P. Chambers
et J. Coltrane.

Cannonball subit l'attraction du hard bop lorsqu'il enregistre en 1957 Bimini
Il sortira en 1960, le très funky The Cannonball Adderley Quintet in San Francisco

Le son du saxophone alto, brillant mais sans agressivité, ni traits rapides: ce qui importe, c'est l'énergie, le drive et la conduite du flux mélodique. Outre son jeu exubérant
et énergique, Cannonball sait communiquer avec le public et contribue à faire connaître
de nouveaux talents: B. Evans, G. Duke, J. Zawinul. Il va être à l'origine du jazz rock.




  



Sonny Rollins




 

Au début des années 1950, alors qu'une majorité de saxophonistes ténors s'inspiraient
de Lester Young,
Sonny Rollins (1929) remet à l'honneur la sonorité volumineuse
et les puissantes architectures chères à Coleman Hawkins. Ses conceptions, cependant,
sont beaucoup plus avancées que celles du vieux maître: il a retenu les leçons de Parker
pour le découpage mélodico-rythmique et celles de Young pour l'harmonie.

Chaque nouveau disque, ou presque, le montre sous un jour différent. Des constantes,
cependant: son intelligence musicale et son inébranlable tempo intérieur qui lui permettent
de s'exprimer sans pianiste, et même parfois absolument seul. Son approche instrumentale
a influencé de très nombreux saxophonistes, et certaines de ses œuvres annoncent le free jazz.

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Sonny Rollins & Jim Hall








Joe Henderson

Le saxophoniste ténor et compositeur Joe Henderson (1937-2001) ne s'affirmera que très progressivement et la célébrité viendra tard: c'est un musicien plus préoccupé de vivre son art, qu'en recherche de gloire. Maître de l'improvisation, de John Coltrane il hérite un lyrisme simple
et puissant, et de Sonny Rollins toute la force de son invention mélodique. Sa technique sans faille, ses trouvailles harmoniques inattendues, son sens aigu du rythme, sa sensibilité, font l'unanimité parmi ses pairs.

Il étudie d'abord la batterie, puis opte pour le sax ténor. De 1956 à 1960, il étudie la musique
à la Wayne State University de Detroit. Il dirige son propre ensemble et enregistre Page One
avec Kenny Dorham (trompette), McCoy Tyner (piano), Butch Warren (contrebasse)
et Pete La Roca (batterie). De 1964 à 1966, il appartient au combo du pianiste Horace Silver.

En 1966, il fonde, avec le trompettiste Freddie Hubbard, Roy Brooks et Louis Hayes, un quintette de hard bop,
les Jazz Communicators. L'album de post-bop Tetragon, avec Kenny Barron (piano), Don Friedman (piano),
Ron Carter (contrebasse), Louis Hayes (batterie) et Jack DeJohnette (batterie), est enregistré en 1967-1968.
Il est aussi, à cette époque, membre du sextette d'Herbie Hancock avec lequel il grave Power to the People (1969).







Jackie Mc Lean

John Lenwood McLean (1931-2006) se produit aux côtés de S. Rollins, K. Drew,
W. Bishop Jr., A. Taylor et B. Powell. Il est appelé par Miles Davis, avec qui il réalise
ses premiers enregistrements; il côtoie alors des solistes de la stature de J. J. Johnson,
O. Pettiford ou K. Clarke.

Il commence malheureusement à s'adonner à l'héroïne et sa carte professionnelle,
indispensable pour jouer dans les clubs new-yorkais, lui est retirée de 1957 à 1961.

Il participe à de nombreuses sessions d'enregistrement avec S. Clark (Cool Struttin'),
D. Byrd (Off to the Races), L. Morgan (Leeway, Cornbread), G. Moncur (Evolution)
Son album Let Freedom Ring montre une réelle fascination pour le free jazz.

En 1967 il se désintoxique, se convertit à l'islam et quitte la scène.
Il enseigne à la Hartt School of Music de l'université de Hartford
où il est nommé responsable du programme
de musique afro-américaine.

Jackie McLean appartient à l'esthétique du bop conçue par Bud Powell et Charlie Parker mais ses racines sont
dans le gospel, le blues et la soul, il anticipe souvent les accents libertaires du free jazz avec ses attaques tranchantes
jusqu'à la violence, et une tessiture étendue qui privilégie l'aigu.







Philly Joe Jones

Philly joe jones (1923-1985) se produit à New-York aux côtés de Sims et de Konitz. Miles Davis le remarque et l'appelle auprès de lui pour une collaboration de six années (1952-1958) dans son quintette. De nombreux albums viennent marquer cette rencontre: Collector's Items (avec C. Parker et S. Rollins) Cookin', Workin', Soulin', Steamin',
Round about Midnight
(avec J. Coltrane), Milestones (avec Coltrane et Adderley)

Il forme avec Paul Chambers (basse) et Red Garland (piano) une section rythmique équilibrée. Il accompagne d'autres musiciens, comme T. Scott, T. Dameron,
L. Morgan
, A. Pepper, C. Terry, G. Evans et J. McLean, H. Mobley, E. Hope.
 

C'est avec une remarquable finesse qu'il exploite l'indépendance de ses quatre membres et la subdivision des temps.
Accumulant les figures secondaires, il parvient à superposer de nombreux rythmes différents tout en maintenant
le tempo à la grande cymbale. Il est l'un des premiers à utiliser la pédale charleston de manière asymétrique
(condamnée jusque-là à ponctuer les deuxième et quatrième temps).



   


Jimmy Smith

Jimmy Smith (1925? 28? - 2005)
D’autres, avant lui, se sont essayés à l’orgue électrique, à commencer par Fats Waller
et Count Basie. L'instrument connaîtra des stylistes originaux : Wild Bill Davis,
Brother J. McDuff
, D. Patterson, L. Smith, J. McGriff, J. Hammond Smith,
M. Morris
, M. Buckner, B. Doggett ...

James Oscar Smith, Jr. étudie le piano et la contrebasse. Engagé dans la formation
de rhythm and blues de Don Gardner il a l’occasion d’écouter Wild Bill Davis à l’orgue Hammond et commence sur le célèbre modèle B-3: attaques sauvages, contrastes
de puissance, flexibilité du phrasé, couleurs nouvelles...

Il adopte la combinaison le trio orgue, guitare et batterie. Il grave en compagnie d’A. Blakey, D. Byrd, L. Donaldson,
K. Burrell
, L. Morgan, J. McLean, S. Turrentine: J. Smith at the Organ (1956), A Date with Jimmy Smith (1957),
The Sermon !
(1958), Crazy ! Baby (1960), Midnight Special (1960)...

Le chanteur se montre convaincant, avec quelques effets empruntés à Ray Charles, et le pianiste démonstratif, friand de formules spectaculaires. L’organiste a marqué de façon décisive l’histoire du jazz. Il utilise le pédalier avec efficacité et montre une coordination exemplaire des mains et des pieds. Son jeu à la main gauche est complexe.
Il puise son inspiration au plus profond du blues et du gospel, du jazz soul et funky et du be-bop.

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Jimmy Smith - the sermon







Paul Chambers & Miles Davis

Paul Chambers (1935-1969) est un contrebassiste efficace, attentif.
À l'archet, ses solos dans le registre grave ont la vigueur des attaques,
le swing soutenu et la richesse mélodique , à un point tel que son style
a parfois été comparé à celui de Sonny Rollins.

Paul Laurence Dunbar Chambers, Jr. aborde la musique par le baryton et le tuba
avant d'adopter définitivement la contrebasse. Avec Sonny Stitt et Joe Roland,
il accompagne George Wallington, Jay Jay Johnson et Kai Winding.

1955 est l'année de la rencontre décisive de Chambers avec Miles Davis: il va accompagner le trompettiste
dans une série d'albums: Relaxin', Steamin', Workin', Cookin' (1956), 'Round About Midnight (1955 et 1956),
Kind of Blue (1959). Admiratif, Coltrane a dédié à Paul Chambers un thème portant ses initiales: Mr P. C.

On mentionnera particulièrement l'album Bass on Top, enregistré avec son quartette (Kenny Burrell à la guitare,
Hank Jones
au piano et Art Taylor à la batterie). En 1963, Paul Chambers forme un trio avec Wynton Kelly
et Jimmy Cobb. Il enregistre Smokin' at the Half Note avec Wes Montgomery. Mais la tuberculose le contraint
à réduire considérablement ses activités à partir de 1966.






LA SOUL MUSIC



Le blues ne pouvait que rencontrer un jour ou l’autre le jazz. De cette rencontre entre le hard bop et le blues naît
le soul jazz, qui sera également influencé par le gospel et le rythm and blues. Ce style met l’accent sur le groove
tandis que l’improvisation fait un pas en arrière. Ces ensembles de jazz évoluent habituellement en trio, composé
d’un orgue Hammond, d’un sax ténor et d’une batterie.
Le soul jazz peut être considéré comme le maillon qui fait
le lien entre le hard bop et le jazz funk à venir.



  Lee Morgan



jouer le morceau jazz-322-the-sidewinder-lee-morgan
the sidewinder - Lee Morgan
 
                Lee Morgan
 
 




C'est à l'église que la plupart des chanteurs noirs de l'après-Seconde Guerre mondiale ont appris les rudiments
de la technique vocale.



♦ Mahalia Jackson
(1911-1972) devient une des plus grandes voix du gospel. Elle enregistre à partir de 1937
sous la direction de Thomas A. Dorsey (1899-1993), flirtant avec le jazz, elle se produit au Carnegie Hall
et défend la cause des Noirs au côté de Martin Luther King.

Citons encore, parmi les grands interprètes du gospel, Brother Joe May (1912-1972)
et Professor Alex Bradford (1926-1978).
    

 

Brother Joe May
Brother Joe May

Alex Bradford




voir la vidéo jazz-53-alex-bradford-close-to-thee

close to thee
Alex Bradford




Le doo-wop: cette musique ludique, profane (et commerciale) se caractérise par une prédilection pour les ballades,
un travail sur les voix, qui emprunte au gospel, et une utilisation abondante d'onomatopées (comme dans le scat). Sonny Til & The Orioles en est le précurseur. Dans les années 1950, le genre fait fureur avec comme chefs de file The Platters et The Driffters.



 

Sonny Till
Sonny Till

                  jouer le morceau jazz-323-sonny-til-crying-in-the-chapel
                  crying in the chapel - Sonny Till

     
 

the Platters
the Platters





♦ À la fin des années 1950 et au début des années 1960, les disques noirs pénètrent le monde blanc,
le rhythm and blues est à son apogée, le rock and roll naît. Ainsi, le blues se marginalise aux Etats Unis
et s'exporte en France. (certains
bluesmen s'y installent d'ailleurs: Memphis Slim, Champion Jack Dupree) ...

voir la vidéo jazz-54-memphis-slim
Memphis Slim





La Soul Music, (musique de l'âme), assimile l'influence du gospel, notamment par la redécouverte de la forme
appel-réponse présente dans les offices religieux, mais puise aussi dans les negro spirituals ou le doo-wop
Clyde McPhatter, Jackie Wilson, Ray Charles qui perpétue l'héritage du blues, James Brown qui transforme
le concert en cérémonie païenne où la danse devient transe, Sam Cooke avec son groupe Soul Stirrers, évoque déjà des thèmes sociaux (A Change Is Gonna Come) ...



  Sam Cook




jouer le morceau jazz-324-the-soul-stirrers-wonderful                                            
wonderful - the soul stirrers                                           
  Sam Cook 





LES CHANTEURS SOUL

Mahalia Jackson



 


 



Disciple de Bessie Smith, mais, contrairement à cette dernière, fermée à l'inspiration profane, Mahalia Jackson
(1911-1972) a surtout chanté dans les églises baptistes. Elle s'est fait connaître du grand public grâce à ses enregistrements (Silent Night, 1950, In the Upper Room, 1952).
Elle est non seulement la plus grande chanteuse qu'ait révélée l'art du gospel song,
mais une des vocalistes les plus douées de son temps, avec Maria Callas et Oum Khalsoum.
Sa voix grave, profonde, puissante, chaleureuse possède un registre exceptionnellement étendu pour une artiste qui n'a pas de formation classique.

voir la vidéo jazz-55-mahalia-jackson-joshua-fit-the-battle-of-jericho
joshua fit the battle of jericho
Mahalia Jackson






Jackie Wilson

Le chanteur Jackie Wilson (1934-1984) a fait œuvre de pionnier dans la musique soul,
dont il fut l'un des interprètes les plus dynamiques. Peu de chanteurs ont pu rivaliser
avec sa tessiture vocale ou ses exploits physiques en scène.

Doté d'une puissante voix de ténor couvrant plusieurs octaves, il chante en professionnel
dès l'adolescence. Wilson doit faire face à la ségrégation raciale qui lui rend le succès auprès
du grand public difficilement accessible. Lonely Teardrops (1958), arrive néanmoins en tête
du classement des ventes de rhythm and blues.

En septembre 1975, Wilson est victime d'une crise cardiaque au cours d'un concert,
qui le laisse dans un état semi-comateux pendant près de huit ans.

voir la vidéo jazz-56-jackie-wilson-lonely-teardrops
Lonely Teardrops
Jackie Wilson


James Brown







 


James Joseph Brown
(1928? 33? - 2006) grandit en Georgie, Sud rural où la ségrégation raciale fait rage. Il est si pauvre qu'il est renvoyé de l'école primaire pour "insuffisance vestimentaire", expérience qui peut expliquer son penchant, à l'âge adulte, pour les manteaux en hermine,
les combinaisons en velours, les capes et les bijoux en or très voyants.

Des voisins lui apprennent la batterie, le piano et la guitare. Il découvre les gospels à l'église
et dans les assemblées revivalistes où les prédicateurs crient, hurlent, tapent des pieds,
tombent à genoux pour exciter les fidèles.

À quinze ans, Brown est arrêté pour vol de voitures. A sa sortie de prison, il forme un quatuor
de gospels, The Flames qui  enregistre, Please, Please, Please en 1956. Le disque va rapidement
se vendre à trois millions d'exemplaires et lancer la carrière de James Brown: Live at the Apollo (1963) reste pendant soixante-six semaines au hit-parade.

                                   voir la vidéo jazz-57-james-brown-please-please-please
Please, Please, Please
James Brown





Ray Charles

 

Ray Charles Robinson (1930-2004) naît en Georgie, dans une famille misérable. Il perd
la vue à sept ans, étudie dans une institution pour aveugles, où il apprend la musique et devient
un pianiste confirmé. À la mort de sa mère, en 1945, Ray doit subvenir à ses besoins en jouant
dans les bars locaux. Il s'installe à Seattle, s'y lie avec Quincy Jones, forme un trio à la manière
de ses idoles, Nat King Cole et Charles Brown, mélangeant ballades et blues. À Los Angeles,
en 1948, Ray Charles est engagé dans les orchestres de Lowell Fulson – un des créateurs
du blues californien – puis de Ruth Brown, et enregistre sous son nom, ses premiers succès
de rhythm'n'blues, Baby Let Me Hold Your Hand (1951) et Kiss Me Baby (1952).

Ray Charles affirme sa personnalité: son piano swingue, il adapte les traits du jazz moderne
aux canons du blues, il chante avec un timbre voilé très envoûtant. Il enchaîne les succès commerciaux: I Got a Woman, Hallelujah, I Love Her So, The Right Time, Talkin' 'Bout You,
Georgia on My Mind, Hit the Road Jack
...

What'd I Say, enregistré en 1958, marie la frénésie du rhythm and blues aux arrangements orchestraux du gospel. Au-delà de ce véritable sermon profane, on assiste à la naissance de la soul music. Son influence sur Otis Redding, Stevie Wonder, Aretha Franklin, Wilson Pickett, Marvin Gaye est primordiale.

voir la vidéo jazz-58-ray-charles-it-the-road-jack
Hit the Road Jack
Ray Charles




 

Nina Simone

Nina Simone ( ? -2003) «Prêtresse de la soul», chanteuse de jazz, de variétés, de folk,
porte-drapeau de la contestation noire aux États-Unis... Elle se définissait comme
une interprète de «musique classique noire» sans frontières géographiques ou stylistiques.

Nombre de ses compositions (comme Flo Me La) associent effectivement les traditions musicales des Noirs américains, de l'Afrique ou des Caraïbes. Sa formation de pianiste classique irrigue autant ses compositions: son jeu très virtuose, emprunte au répertoire
des compositeurs classiques. Sa voix de contralto vibrante et expressive, est marquée
par les gospels de son enfance.

Eunice Kathleen Waymon naît dans une famille de musiciens très religieux,
et ses parents l'encouragent très tôt à entreprendre une formation musicale classique.
Elle bénéficie d'un fonds de soutien local pour aller étudier à la Juilliard School de New York.
Elle paie ses études en donnant des cours de piano.

Elle se fait embaucher en 1954 comme pianiste de jazz dans un club d'Atlantic City et pour ne pas heurter sa mère,
elle change de nom et devient Nina Simone.

En 1958, Nina enregistre I Loves you, Porgy, d'après Gershwin. Ses albums, The Amazing Nina Simone
, Nina Simone at Town Hall, Nina Simone at Newport, Nina at The Village Gate, Nina Simone Sings Ellington, demeurent les plus tournés vers le jazz. C'est aussi l'époque où elle réalise ses plus belles réussites artistiques, comme You'd Be So Nice to Come Home To, Nina's Blues, Keeper of The Flame, I'm Going Back Home ou My Man's Gone Now


voir la vidéo jazz-59-nina-simone-i-loves-you-porgy                                                                     
I Loves you, Porgy                                                                    
Nina Simone
                                                                    
 


Durant les années 1960, l'engagement politique de Nina Simone est plus marqué:
elle passe du Mouvement pour les droits civiques de Martin Luther King aux groupes radicaux noirs américains.
Elle compose alors sur des arrangements soul plusieurs chansons très fortes (Mississippi Goddam, Backlash Blues,
Old Jim Crow
)
; l'une d’entre elles, To Be Young, Gifted and Black, contient le vers:

« Say It Clear, Say It Loud / I'm Black and I'm Proud »

qui deviendra le symbole et le slogan des revendications des noirs américains.
Nina embrasse aussi avec la même passion la cause féministe (Four Women et sa reprise de My Way).

 


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