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HISTOIRE DU JAZZ
VI LE COOL JAZZ (1948/1953)
LA PARENTHESE COOL
Après le choc "Bop", le jazz réclame un peu d'apaisement. Le cool jazz, sorte de musique de chambre rythmée
aux sonorités douces, intimes, feutrées et un phrasé peu accentué remplit cet office.
Le Cool jazz nait à New-York, mais c’est à la côte ouest des Etats-Unis et la Californie qu’il sera associé.
Il est tout entier personnifié par le style nonchalant et retenu du saxophoniste Lester Young, l'idole
des musiciens blancs du cool.
blue Lester - Lester Young
quint pennies from heaven
Mosaïque de styles parfois très différents, le cool jazz emprunte aussi bien au swing dynamique de Count Basie,
qu'aux pièces de Miles Davis ou au néo-classicisme des orchestres blancs.
Le manifeste du cool jazz est l’album de Miles Davis, Birth of the Cool (la naissance du Cool), enregistré en 1949, auquel Gerry Mullingan, Gil Evans, et bien d’autres collaborent.
Birth of the cool - moon dreams
Alors que le jazz était aux origines une musique Afro-américaine, les Blancs dominent ce courant, ce qui confère
au cool jazz des caractéristiques de la musique européenne. Il cultive une sonorité gracieuse, légèrement détimbrée,
et répudie tout l'expressionnisme instrumental propre aux Noirs. Les tonalités sont claires et les sons purs, sans vibrato.
take five - Dave Brubeck
le style cool se plaît aux recherches d'écriture, fait grand usage du contrepoint, débouchant quelquefois sur des réussites d'une subtile qualité poétique, plus souvent sur des pages à l'élégance un peu scolaire.
Les thèmes sont souvent inspirés par des ballades populaires
La famille des instruments utilisée pour jouer ce style de jazz s’agrandit: la flûte, le cor, le tuba ....
waikikian - Howard Rumsey
La section rythmique passe au second plan: elle doit être ressentie, plutôt qu’entendue, une approche spécifique
à la musique classique. C’est ainsi que la batterie disparaît des groupes de « cool jazz west coast ».
- Miles Davis, un des seuls Noirs du mouvement, en est le meilleur trompettiste (Move, dans Birth of the Cool)
avec Chet Baker qui se révèle être aussi un excellent chanteur (My Funny Valentine)
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move - Miles Davis
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my funny valentine - Chet Baker |
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- Le sax ténor est dominé par trois musiciens fortement inspirés de Lester Young:
Stan Getz (Early Autumn) Zoot Sims (Zootcase) et Al Cohn (Wee Dot)
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autumn leaves - Stan Getz
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lover man - Evans & Konitz
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- Au sax alto s'affirme le jeu fluide et très réfléchi de Lee Konitz (Lover Man)
- Gerry Mulligan s'impose à la fois comme un arrangeur de premier plan (Jeru) et comme le meilleur spécialiste
du sax baryton, sur lequel il développe un style doux et mélodieux qu'il met particulièrement en valeur au sein
de son quartette sans piano (Bernie's Tune)
Bernie's Tune - Gerry Mulligan
Le cool Jazz donnera naissance plus tard à d’autres courants, comme la bossa nova brésilienne.
L'ECOLE TRISTANO (1951-1956)
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Leonard Joseph Tristano (1919-1978) devient aveugle à neuf ans.
Il étudie le piano, aborde la composition, la direction d'orchestre et s'initie
à divers instruments: saxophones ténor et alto, clarinette, guitare, trompette, batterie. En 1943, il est diplômé en piano et composition à l'American
Conservatory of Music de Chicago.
Son parcours est alors chaotique: il joue du sax ténor et de la clarinette
dans des orchestres de danse, dirige une formation de Dixieland et enseigne
à la Christiansen School of Popular Music.
En 1951, Lennie Tristano lance sa propre maison de disques, Jazz Records, destinée
à la diffusion de sa musique et à la promotion des membres de son groupe, et fonde
à New York, une école de jazz, qui peut être considérée comme la première du genre. Les disciples affluent: Phil Woods, Lee Konitz, John LaPorta, Billy Bauer,
Arnold Fishkin, Sal Mosca, Ronnie Ball, Bill Russo: l'élite du jazz blanc.
Don Ferrara, Ted Brown et Warne Marsh sont aussi au nombre de ses élèves.
Si la musique de Lennie Tristano est directement issue de la révolution harmonique et rythmique du bop, ses racines plongent dans bien d'autres univers. Le pianiste peut tout autant se réclamer de l'héritage d'Art Tatum, d'Earl Hines
et de Nat King Cole que de celui de Bud Powell et de Teddy Wilson. Son enseignement et son esthétique puisent
leur force dans l'étude approfondie de tous les grands improvisateurs de l'histoire du jazz, de Louis Armstrong
à Charlie Parker. Ils tirent aussi une grande richesse de l'assimilation de plusieurs siècles de musique savante
(Lennie Tristano est sans doute le premier à avoir interprété Jean-Sébastien Bach à la manière jazz).
Des compositeurs classiques, Tristano apprend la maîtrise du discours, la rigueur de la construction et du contrepoint.
Souvent injustement présenté comme un artiste intellectuel et froid, il propose un jeu plein de vitalité, avec une agilité
et une indépendance des mains exceptionnelles. Tour à tour pudique et jubilatoire, Lennie Tristano a construit un monde poétique d'une étrange et prenante beauté.
tangerine - Lennie Tristano
L'influence considérable que Lennie Tristano va exercer ne s'explique pas uniquement par l’extrême originalité de son jeu pianistique. Il est l'un des rares théoriciens que cette musique ait connus. Toute une génération de jeunes instrumentistes s'est nourrie de ses analyses: Bill Evans, Cecil Taylor, Martial Solal ...
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Bill Evans |
waltz for debby
Bill Evans
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Cecil Taylor |
Cecil Taylor
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LE STYLE WEST COAST
On appelle Jazz West coast le jazz pratiqué en Californie précisément entre 1952 et 1958. La grande concentration
de musiciens dans cette région, due au travail offert par les studios d'Hollywood, alors en plein essor, permet l'éclosion d'une scène jazz très active.
Les musiciens sont loin d'être tous originaires de Californie. Shelly Manne dira plus tard: « tous les musiciens de la West Coast venaient de New York ». Leur point de ralliement est le Lighthouse d'Hermosa Beach à une trentaine de kilomètres de Los Angeles, où le bassiste Howard Rumsey organise des jam sessions devenues mythiques.
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Howard Rumsey |
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the Lighthouse
(commentaire en anglais)
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Si on peut contester l'existence d'une école "West Coast" au regard de la diversité des productions de ce courant,
la majorité des critiques reconnaissent toutefois une certaine parenté esthétique.
Des grands orchestres à la musique audacieuse apparaissent: Woody Herman avec son Second Herd
et l'orchestre de Stan Kenton qui comptera en son sein beaucoup de futures stars du Cool Jazz
(Art Pepper, Shelly Manne, Shorty Rogers, Bud Shank, Bob Cooper entre autres...)
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Bud Shank
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Le Second Herd de Woody Herman crée les premiers chefs d'œuvre du mouvement avec Four Brothers (1947)
de Jimmy Giuffre et Early Autumn (1949) arrangé par Ralph Burns avec un solo d'anthologie de Stan Getz.
Le principal apport de cet orchestre est le son révolutionnaire, léger et souple, de sa section d'anches, les fameux
"Four Brothers" comprenant les sax ténor Stan Getz, Zoot Sims, Herbie Steward et le baryton Serge Chaloff.
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Jimmy Giuffre
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Serge Chaloff |
what's new - Serge Chaloff
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Le mouvement West Coast se nourrit de diverses influences : la virtuosité et les innovations du Be Bop, le jeu détendu
de Lester Young, les expériences pré-Free de Lennie Tristano, l'efficacité du Swing de Count Basie mais aussi
les compositeurs classiques du XXe siècle, en particulier les impressionnistes français Debussy et Ravel.
Les musiciens possèdent, pour la plupart, de sérieuses connaissances musicales acquises notamment auprès
du Dr. Wesley LaViolette, un théoricien du contrepoint et grand pédagogue.
Une des caractéristiques constantes est l'importance et le soin accordés aux arrangements. Musique écrite et liberté d'improvisation cohabitent avec bonheur. Un des apports du mouvement au Jazz est l'introduction d'instruments quasiment inédits dans le Jazz comme le cor, le tuba ou le hautbois, tous issus de la musique classique occidentale.
Le Jazz West Coast est un jazz de Blancs. En effet, peu de musiciens noirs, hors Curtis Counce, Leroy Vinnegar, Chico Hamilton, Buddy Collette et Hampton Hawes ont participé à l'essor du mouvement.
LES ARTISTES DU COOL JAZZ
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Ian Ernest Gilmore Green Evans (1912-1988), dit Gil Evans, parfait autodidacte, débute directement comme chef d'orchestre, et au piano. Ses arrangements feutrés avouent la fervente admiration qu'il porte à Duke Ellington. Pour Miles Davis,
il écrit les partitions des illustres enregistrements Capitol de 1948, 1949 et 1950.
Il signe ainsi Birth of the Cool, où s'exprime une toute nouvelle sensibilité, faite de délicatesse et de raffinement.
Avec Miles Ahead, il écrit une suite de dix morceaux, conçue pour près d'une vingtaine
d'instruments: c'est enfin la consécration auprès de la critique et d'un public qui déborde largement le cercle restreint
des amateurs de jazz. Deux glorieux albums, toujours en collaboration avec Miles Davis, ponctuent cette conquête:
Porgy and Bess (1958) et Sketches of Spain (1959).
Prodigieux coloriste, Evans manifeste avec constance un goût prononcé pour des instruments rarement utilisés en jazz. Au cor et au tuba, qu'il avait introduits dans l'orchestre de Claude Thornhill, il ajoutera plus tard les synthétiseurs.
Aux sections de sax, il préfère d'exotiques alliages de cors, clarinettes, tubas, flûtes et altos. Ces timbres voilés,
ce chant sans vibrato, cette richesse harmonique, cet art de la confidence intime sont sa signature. Parfois éffacé,
Gil Evans suggère un mode afin d'offrir aux solistes le plus large espace de liberté possible.
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Woodrow Charles Herman (1913-1987) fonde en 1936 son premier groupe,
sorte de coopérative musicale quasi autogérée par ses membres: Walt Yoder (basse),
Joe Bishop (bugle et arrangeur), Saxie Mansfield (sax ténor), Tommy Linehan (piano)
et le batteur Frank Carlson. Il devient rapidement la vedette des dancings avec des rengaines commerciales teintées de Dixieland, et quelques blues robustes.
Son style se modernise sous l'influence déterminante de Jimmy Lunceford, Duke Ellington et Count Basie.
Des virtuoses envahissent l'orchestre en 1943: C. Jackson (basse), S. Rogers, S. Berman, P. Candoli et N. Hefti (trompettes), B. Harris (trombone), S. Marowitz, J. LaPorta et F. Phillips (saxophones), R. Norvo (vibraphone),
R. Burns (piano), B. Bauer (guitare), sans oublier D. Tough (battrie). En mettant leurs extraordinaires moyens techniques au service d'arrangements très brillants, Woody Herman peut maintenant rivaliser avec la formation
de Dizzy Gillespie. Son succès est considérable.
Igor Stravinski écrit pour lui Ebony Concerto, donné pour la première fois au Carnegie Hall en 1946. Les difficultés financières contraignent l'orchestre à disparaître. Il ne faudra pas plus de sept mois pour que Woody Herman en forme un deuxième: T. Gibbs (vibra), E. Royal (trompette), E. Swope (trombone), S. Chaloff (sax) et une extraordinaire section de sax ténors, les fameux "Four Brothers": H. Stewart, S. Getz et Z. Sims. Le quatrième, J. Giuffre, écrit,
à la demande de Woody Herman, Four Brothers, manifeste d'une esthétique fondée sur une sonorité feutrée et intime.
En 1952, il constitue un troisième orchestre où débutent nombre de musiciens représentatifs du style west coast comme Al Pacino, Cy Touff, Bill Perkins, Richie Kamuca et Jack Nimitz. Le pianiste Nat Pierce ancre l'orchestre dans
la tradition de Count Basie. Alors que l'ère des grandes formations semble terminée, la popularité de Woody Herman
ne cesse paradoxalement de s'amplifier.
Soliste à la clarinette ou au sax alto et soprano, Herman ne prétend guère à l'originalité. Le chanteur est plus estimable, sans être exceptionnel. L'esthétique de l'orchestre, quant à elle, est perméable à toutes les modes: du Dixieland
au swing, quelques incursions dans le bop et le cool jazz, ou dans le répertoire de musiciens comme Frank Zappa, Chick Corea et Billy Cobbam... Le répertoire assez banal de la formation est transfiguré par une verve inépuisable, une mise en place d'une précision infaillible, et une variété infinie de couleurs et d'atmosphères.
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Stanley Newcomb Kenton (1912-1979) additionne pêle-mêle les sous-produits du showbiz, les arrangements jazz d'un grand technicien et des œuvres qui influencées par la musique contemporaine européenne.
En 1940, il réunit sa première formation: Anita O'Day, Gene Howard, June Christy
et le tout jeune Stan Getz renforcent son ensemble. La musique qu'il propose à cette époque est constituée de partitions ronflantes, gonflées d'élans romantiques et d'emprunts maladroits
à Debussy.
L'engagement, en 1946, de Pete Rugolo, arrangeur de talent va sensiblement améliorer
les choses. Cet ancien élève de Darius Milhaud a en effet, plus sûr et plus raffiné.
En 1950 il crée un ensemble de quarante musiciens qui réunit, autour du jazz band traditionnel, des violons et quelques bois empruntés aux orchestres symphoniques classiques.
Il baptise cet ensemble Innovations in Modern Music reprenant à son compte les inventions
de Bartok, Hindemith et Stravinski.
A cette époque Stan Kenton savait s'entourer d'excellents instrumentistes: A. Pepper, L. Konitz et Z. Sims (sax),
S. Manne et M. Lewis (batteurs) ou encore F. Rosolino (trombone).
Stan Kenton
southern scandal
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Sheldon Manne (1920-1984), dit Shelly Manne, abandonne le sax alto pour se consacrer exclusivement à la percussion. Il débute sa carrière comme batteur sur les paquebots
de l'Atlantique nord. C'est en 1946 qu'il entre, dans la formation que dirige Stan Kenton
et rejoint bientôt les troupes de Woody Herman (1949).
En 1952, il se fixe en Californie et devient très vite l'acteur central du style West Coast.
Rares sont les disques d'origine californienne où il ne figure pas.
Il s'associe à Shorty Rodgers en 1954 et forme, en 1956, son propre quintette.
Il continuera cependant à se produire avec Ray Brown, Laurindo Almeida et Bud Shank.
Il apparaît dans de nombreux films comme The Gene Krupa Story, The Five Pennies,
The Proper Time et, surtout, L'Homme au bras d'or d'Otto Preminger. Il écrit également
de la musique pour la télévision (Daktari)
Shelly Manne a joué avec la plupart des musiciens importants de l'après-guerre sans distinction de style, révélant un sens de l'adaptation des plus rares. Il passera ainsi sans difficulté de Coleman Hawkins à Ornette Coleman, de Lee Konitz à Sonny Rollins, de Shorty Rodgers à Bill Evans. Car, avant tout, Shelly Manne est un remarquable professionnel.
Il offre à la fois un style très technique et virtuose et un jeu rigoureusement construit. Sa discrétion et sa concision
en font un admirable accompagnateur, tout en souplesse et en finesse, toujours soucieux de privilégier la mélodie.
the King swings - Shelly Manne
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Milton Michael Rajonsky (1924-1994), dit “Shorty” pour sa petite taille et “Rogers” parce que c'est plus facile à prononcer, s'initie à la trompette à la High School of Music
and Arts of New York. En compagnie de Jimmy Giuffre, il étudie la composition
et l'arrangement au Conservatoire de Los Angeles avec le Dr Wesley La Violette.
En 1945, il entre dans le premier Herd de Woody Herman, pour qui il écrira
de nombreux arrangements. Il enregistre avec les Kai's Krazy Cats, que dirige
Kai Winding, où il retrouve Stan Getz et Shelly Manne. Stan Kenton appelle
Rogers dans sa formation qui porte alors le nom d'Innovations in Modern Music.
C'est en 1951 qu'il s'installe définitivement à Los Angeles et devient le véritable chef
de file du courant West Coast, leader de sa propre formation, les Giants. On l'entend
jouer au Lighthouse avec Jimmy Giuffre et Shelly Manne, Howard Rumsey.
Devenu directeur musical chez Atlantic (1955), puis producteur pour R.C.A. Victor (1956), il écrit thèmes et arrangements pour de très nombreux musiciens californiens. De cette époque encore, deux musiques de film, pour L'Équipée sauvage (1954, Laslo Benedeck) et L'Homme au bras d'or (1955, Otto Preminger). Il signera aussi la musique de l'illustre série télévisée Starsky and Hutch mais quitte inexorablement les feux de l'actualité.
Une sonorité chaleureuse et douce, des phrasés d'une élégante décontraction, un goût pour les mélodies aériennes
et raffinées définissent une personnalité qui a su intégrer les influences successives de Miles Davis et de Chet Baker.
Technicien brillant avec un sens aigu du swing et un jeu à la fois vif et précis, héritier de Count Basie, Shorty Rogers
est aussi influencé par Darius Milhaud ou Arnold Schönberg.
I'm gonna go fishing
Shorty Rogers
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Stan Getz (1927-1991), stanley Gayetzby, de son véritable nom, étudie d'abord le basson
et la contrebasse avant de se consacrer au sax. Il joue dans les orchestres de Stan Kenton,
Jimmy Dorsey et Benny Goodman. En 1947, il enregistre avec des boppers de la stature
de Max Roach. Cette même année, il quitte la côte est pour la Californie.
À cette époque, il joue dans un orchestre de mambo dirigé par le trompettiste Tony de Carlo.
La formation présente l'originalité d'offrir quatre saxophones ténors solistes (Getz, Stewart,
Sims et Giuffre: The Four Brothers), que Woody Herman, engagera à son tour.
En 1948, Stan Getz grave son chef-d'œuvre, une improvisation sur le thème de Early Autumn.
Celui que l'on surnomme maintenant «The Sound» y révèle une sonorité aérienne, une fluidité détimbrée mais chaleureuse dont on tentera très vite d'imiter le charme suggestif.
En 1949, après avoir quitté Woody Herman, il fonde un quartette avec le pianiste Al Haig, remplacé ensuite
par Horace Silver. Son style évolue alors de manière très sensible : tempos enlevés, swing affirmé, sonorité virile, architecture solide, improvisations débridées. Le maître du jazz cool aurait-il malgré tout assimilé les leçons
de Charlie Parker ? John Coltrane, qui reconnaissait sa dette envers lui, n'en doutait pas.
L'héroïne interrompt malheureusement sa carrière. Après un hold-up, il séjourne six mois en centre pénitentiaire,
tente de se suicider et arrête de jouer.
Le style de Stan Getz est fait d'influences contradictoires qui dominent l'une après l'autre chacune de ses périodes créatrices: Lester Young, Coleman Hawkins, Charlie Parker. Il a beaucoup été accusé d'être superficiel et décoratif. Il faut tout de même reconnaître en lui un remarquable technicien, coloriste et poète.
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Chesney Henry Baker (1929-1988) à la trompette, au bugle, et comme chanteur
est l'un des musiciens blancs les passionnants du jazz de la seconde moitié du xxe siècle.
En 1948, il commence des études d'harmonie et de théorie musicale à Los Angeles.
Il participe, au célèbre Lighthouse Cafe, à des jam sessions avec Art Pepper, Bud Shank et Shelly Manne. En Arizona, il joue avec Stan Getz et Charlie Parker.
Gerry Mulligan l'appelle en 1952 dans son quartette sans piano. D'emblée, le succès
est considérable. Sa fine sonorité et son timbre délicat y font merveille, notamment
dans sa ballade solo sur My Funny Valentine
En 1953, Chet Baker constitue un quartette avec le pianiste Russ Freeman. Il se met aussi à chanter d'une voix sensuelle et voilée. Il s'associra aussi à K. Drew, J. Griffin, P. Joe Jones, H. Haig, H. Mann, K. Burrell, B. Evans,
P. Chambers, P. Adams, C. Kay ...
En 1959, Baker est arrêté pour usage de stupéfiants et passe deux ans en prison.
Grand technicien, soliste exceptionnel malgré une étonnante économie de moyens, au bugle ou à la trompette,
Chet Baker s'avoue fils spirituel de Bix Beiderbecke et de Miles Davis. Le phrasé, sans vibrato, est d'une étrange pureté, d'une couleur raffinée. Une imagination mélodique hors du commun s'exprime en de longues lignes paisibles.
Chet Baker
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C'est à Gerald Joseph Mulligan (1927-1996) que le baryton doit son statut de soliste.
Il étudie le piano, la clarinette et le sax alto. Encore adolescent, il se consacre à l'écriture.
Il travaille avec Elliot Lawrence (1945) et Gene Krupa (1946).
C'est dans l'orchestre de Claude Thornhill qu'il rencontre Gil Evans. Avec lui, il participe
au nonette de Miles Davis et à l'enregistrement de son illustre album, Birth of the Cool :
à 22 ans, il compose Jeru et Venus De Milo, et arrange Godchild.
Après ce coup d'éclat, le jeune musicien est appelé par Stan Getz, réalise des orchestrations
pour Stan Kenton (Young Blood). Il fonde avec Chet Baker un quartette où se succéderont
B. Whitlock, C. Smith et J. Mondragon à la basse, C. Hamilton et L. Bunker à la batterie.
La formation s'appuuie sur les aptitudes contrapuntiques de Mulligan, et se passe ainsi du piano.
Les années 60 sont pour lui une période d'intense activité discographique avec des jazzmen aussi divers que Lee Konitz, Thelonious Monk, Paul Desmond, Johnny Hodges, Ben Webster, Tommy Flanagan, Dave Brubeck ...
Claire et souple malgré le foisonnement des lignes mélodiques du contrepoint, la musique de Gerry Mulligan
est caractérisée par un timbre mat à peine vibré, des phrases lisses et volubiles.
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John Haley Sims (1927-1985), dit Zoot Sims débute, en 1941, dans l'orchestre de Kenny Baker. Spécialiste du sax ténor, il peut également passer au baryton ou à l'alto, ainsi qu'à la clarinette. Il est engagé successivement par Bobby Sherwood (1942-1943), Sonny Dunham et Bob Astor (1943), par Benny Goodman et Big Sid Catlett (1944).
En 1947 et 1948, il appartient au ameux quatuor de saxophones The Four Brothers
dans la formation de Woody Herman. Suit alors une période de free lance à New York.
Il effectue quelques tournées en Europe, notamment avec Benny Goodman (1950)
et l'orchestre de Stan Kenton (1953).
En 1956, il figure dans le sextette de Gerry Mulligan. Après avoir effectué une tournée
avec le Birdland All Stars, il fonde un groupe avec Al Cohn (1957).
Zoot Sims ne se situe pas dans la mouvance d'un Charlie Parker, dont l'expressionnisme lui demeure bien étranger.
Les maîtres qu'il s'est choisis sont, Lester Young et Stan Getz. Malgré sa très grande virtuosité et la remarquable richesse harmonique de ses solos, Zoot Sims fait preuve de classicisme. Grâce à une sonorité fluide, il orne avec souplesse et swing de longs développements mélodiques. Il a su trouver un entourage de qualité, s'associant notamment avec Joe Newman, Miles Davis, Clifford Brown, Red Norvo, Gene Roland, Chubby Jackson et avec des chanteurs comme Joe Turner et Jimmy Rushing.
east of the sun and west of the moon
Al Cohn & Zoot Sims
Arthur Edward Jr. (1925-1982) n'a pas encore 20 ans quand il fait ses débuts au sax alto
aux côtés de Gus Arnheim, Benny Carter et Lee Young (1943). L'essentiel de sa carrière
se déroulera au sein de l'orchestre de Stan Kenton.
Mais peut-on encore parler de carrière tant se multiplient les défaillances physiques dues
à la drogue et les séjours en prison qui l'écartent de la scène du jazz ?
Doté d'une technique exceptionnelle, il s'affirme d'abord comme un disciple de Lee Konitz.
Il mêle, dans un style très personnel, Charlie Parker, Lester Young, et John Coltrane.
Au ténor comme à la clarinette et au sax alto, Art Pepper charme par une couleur douce
et légère, une sensualité déchirante et par son invention mélodique.
you go to my head - Art Pepper
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