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HISTOIRE DU JAZZ
IV NEW-YORK (1927/1945) : LE MIDDLE JAZZ ou MAIN STREAM
LE SWING
Les années 30, malgré la terrible crise de 1929 dont les Etats-Unis mettront des années à en sortir,
forment la décennie qui consacre pleinement le jazz en tant qu'art musical à part entière.
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Le Chanteur de jazz d'Alan Crosland en 1927. Sur les 87 minutes du film, dont la vedette est le chanteur
Al Jolson, il n'y a en fait qu'1 minute et 20 secondes de son synchrone, un monologue et une chanson.
Bien que très rudimentaire, ce film marque le début d'une nouvelle ère cinématographique et l'abandon
progressif du cinéma muet
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c’est la BBC qui inventa le terme swing, "balancement" (sens originel du mot) si particulier qui affole les foules
et incite à la danse.
Ce style de jazz se caractérise par ses orchestres, les big bands, généralement composés d'une section rythmique
- piano, guitare, contrebasse, batterie - et d'une section de vents - trompettes, trombones, saxophones et clarinette.
Les concerts se déroulant dans des lieux de plus en plus grands (la fin de la prohibition, en 33, fait sortir le jazz
de la semi-clandestinité), la seule solution, à l’époque, consiste à ajouter de plus en plus de musiciens:
les orchestres de jazz swing comptent régulièrement plus de 20 membres.
Fletcher Henderson est vraissemblablement le premier à avoir configuré son groupe pour jouer le swing.
Il faut citer, à sa suite, les formations de Jimmie Lunceford, Chick Webb, Benny Goodman.
Mais ce sont surtout celles de Duke Ellington et de Count Basie qui dominent le secteur du grand orchestre.
imagination - Thomas Dorsey
Le jazz s'évade de l'intimité du cabaret pour s'intégrer à l'univers du spectacle et animer les grands dancings populaires, à New York notamment (Savoy, Cotton Club). Le jazz, aux États-Unis, connaît une vogue croissante qui culminera avec, le 16 janvier 1938, le concert historique de l'orchestre du Blanc Benny Goodman au Carnegie Hall de New York,
salle de concerts classiques fréquentée par la haute société. Le jazz devint synonyme de joie de vivre.
c'est si bon - Louis Armstrong
C’est également la période à laquelle les orchestres de jazz s'ouvrent à la mixité raciale, des Noirs
rejoignent des orchestres Blancs et inversement. Neanmoins cet échange n'a pas lieu au sein du public:
les noirs n'ont pas le droit de fréquenter les boîtes blanches et rares sont les blancs qui se hasardent
dans les boîtes noires...
LES INNOVATIONS MUSICALES
Les orchestrations se complexifient, les rythmiques et les mélodies se font plus raffinées. On assiste à la mort
de l'improvisation collective, au profit de l'arrangement où l'improvisation est très structurée avec un rôle déterminé
pour chaque instrument et l'exigence d'une grande technique: les solos sont un pur étalage de virtuosité
the sun will shine tonight - Lionel Hampton
La musique du « middle jazz » – classicisme du jazz, s'impose, en général, par sa robustesse sans complexe,
sa sensualité séductrice, son entrain inépuisable. Elle suscite à la fois des solistes spectaculaires et de grands
orchestres bien rodés, soucieux, avant tout, de favoriser la danse par la qualité de leur swing.
Les musiciens tendent à délaisser les deux temps contrastés du vieux style pour une mesure à quatre temps égaux, autorisant un rebondissement bien plus souple (four beats)
stompin' at the savoy - Benny Goodmann
(four beats)
what's this thing called swing - T.Lunceford
(two beats)
Les thèmes ne sont plus puisés dans le blues mais plutôt dans le song (comédies musicales de Broadway)
et adoptent l'une des deux structures suivantes:
- A / A / B / A
ou - intro |: A :| coda
chatanooga choo choo - Glenn Miller
L'arrangement est composé à partir d'une interprétation collective élaborée par toute l'équipe et des improvisations
de chacuns des musiciens. L'harmonie est ensuite enrichie. Il sagit d'un style concertant dont la forme est:
intro / exposition / modulation / ré-exposition / coda
honeysuckle rose - Duke Ellington
jumpin' at the woodside - Count Basie
LE PIANO STRIDE
L'école de New York, voit naître des pianistes au jeu stride: main gauche ambulante, marquant les temps pairs
dans le grave et les temps impairs dans le médium: Willie « the Lion » Smith, James P. Johnson, Joe Turner,
et surtout, l'exubérant Fats Waller.
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C'est comme organiste que Thomas (dit Fats) Waller (1904-1943)
fait ses débuts, l'un des premiers, d'ailleurs, à utiliser l'orgue dans le jazz.
Grâce à ses dispositions physiques pour le clavier (il pouvait couvrir douze
touches d'une seule main), il a acquis une redoutable maîtrise technique:
la main droite est déliée, la gauche en souplesse, assure l'assise rythmique.
Sa sonorité est à la fois brillante et veloutée, et son imagination mélodique intarissable.
Animateur, pitre de génie, ce très grand musicien fut relégué par la société blanche dans un rôle de bouffon, éprouvant secrètement, durant toute sa vie, l'amertume des humiliés.
this joint is jumpin
Fats Waller
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Art Tatum (1910-1956),
virtuose, musicien inspiré,
reste un idéal de maîtrise technique, de sensibilité, de finesse, d'élégance,
et d'originalité.
Art blues
Art Tatum
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LES ARTISTES DE JAZZ
Louis Armstrong (1901-1971) en 1931.
Devenu star, le jazzman se consacre au grand orchestre.
Armstrong affirme un langage personnel, complet et complexe, que sert, une sonorité ample, éclatante et majestueuse. Le discours improvisé gagne en liberté mélodique
et rythmique. Il reste attaché à l'esprit de Nouvelle-Orléans et sera toujours fidèle
au répertoire du vieux jazz originel.
Louis Armstrong, est un des plus grands chanteurs de de jazz. Sa voix, rugueuse et âpre s'épanouit à travers le blues et le spiritual.
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Benny Goodman (1909-1986), maître de la clarinette, un des plus célèbres chefs d'orchestre de l'ère swing.
Benjamin David Goodman s'installe à New York en 1929 comme artiste indépendant.
En 1934, il anime à la N.B.C. l'émission la plus populaire du samedi soir, Let's Dance:
c'est le début du swing-craze, cette folie du swing qui fait tourner la tête de toute
une génération. Le succès est tel qu'il peut se permettre, de braver la ségrégation
raciale et même d'engager des musiciens noirs dans un orchestre blanc.
avec Franck Sinatra
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La critique américaine unanime le sacre sans hésitation « roi du swing ». La bonne société new-yorkaise qui jusqu'ici ne considérait le jazz que comme un plaisir de bas étage découvre qu'il peut, en smoking et nœud papillon, se transformer en divertissement de bon ton.
Benny Goodman commande des partitions destinées à séduire le plus grand nombre.
Les thèmes Avalon, I Got Rhythm, Stompin' at the Savoy, Sweet Georgia Brown
font très vite de lui la vedette du grand public.
sing-sing-sing
Benny Goodman Orchestra
Personne n'a su échapper à l'écrasante influence de Count Basie qui, avec Duke Ellington,
a épuisé les ressources des grandes formations nées à l'ère du swing. Count Basie, pianiste,
est le représentant essentiel du style « Kansas City », où l'arrangement est repensé à travers
un goût très affirmé pour le blues, le boogie-woogie et l'utilisation des riffs. Le jazz de l'orchestre
de Basie est avant tout souple et dynamique (One O'Clock Jump, Tickle-toe, Swingin' the Blues)
swingin the blues
Count Basie
Duke Ellington (1899-1974), pianiste, compositeur, arrangeur et chef d'orchestre.
Il joue avec les timbres de sa propre formation. Il a inventé un jazz à la fois viril et raffiné, tantôt sauvage (Ko-Ko), tantôt voluptueux (Mood Indigo), parfois funèbre (Black and Tan Fantasy), joyeux (Rockin' in Rhythm) ou sentimental (Sophisticated Lady). À partir de 1945, il a essayé d'élargir les possibilités expressives de son art en composant de vastes suites pour orchestre (Black, Brown and Beige)
Sidney Bechet (1897-1959)
Son style spectaculaire se caractérise par un vibrato généreux, et des cascades d'arpèges.
Au saxophone (Maple Leaf Rag, Gone away Blues), comme à la clarinette (Blues in Thirds,
St. Louis Blues), Bechet possède une sonorité ample fait preuve d'une puissance remarquable.
La perfection rythmique de l'ère swing doit beaucoup aux batteurs (Jo Jones d'abord, Cosy Cole, Chick Webb
et Sid Catlett), ainsi qu'aux bassistes Jimmy Blanton et Walter Page.
Buddy Rich (1917-1987)
Elle doit tout autant à cet ancien batteur devenu vibraphoniste, Lionel Hampton,
tempérament inventif et bouillant qui, après avoir animé, à la fin des années 1930,
de petites formations à l'admirable équilibre, a dirigé un grand orchestre remarquable
par sa tonicité.
La chanteuse Billie Holiday (1915-1959) s'appuie rarement sur des blues authentiques.
Son blues à elle, réside dans une interprétation inspirée de l'expérience quotidienne.
Eleanora (Elinore, Elenoir ou encore Eleanor, selon les documents) Holiday est engagée
comme chanteuse payée au cachet divers clubs de Harlem. Elle fait la connaissance de Red Norvo,
Mildred Bailey, et du producteur John Hammond: conquis d'emblée, il organise la première session d'enregistrement de Billie Holiday avec l'orchestre de Benny Goodman.
Lady Day et L.Armstrong |
Malgré un registre limité, une justesse parfois hasardeuse,
un timbre pauvre et rocailleux presque canaille, Billie Holiday
fait preuve d'une authenticité et d'un raffinement uniques.
Elle séduit par l'intensité de son expression, sa spontanéité
et la souplesse de sa déclamation.
De Louis Armstrong et Lester Young elle a appris un phrasé d'une grande liberté.
Elle sait enfler les notes tenues et serrer le vibrato en fin de phrase comme
un véritable instrument. Son chant mêle sensualité et nostalgie.
Mais Billie Holiday épouse Jimmy Monroe, dépendant à l'opium. Elle qui déjà fume et boit sans modération va alors sombrer dans la drogue. Elle perd progressivement la santé ainsi que ses capacités vocales. Dès le début des années 1950, la voix est gravement endommagée. Ce que la chanteuse perd en tessiture, en flexibilité et en sophistication,
elle le gagne en intensité dramatique.
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Ella Fitzgerald (1918-1996) «The First Lady of swing»
Ella Jane Fitzgerald remporte en 1934 le premier prix d'un concours de chant
amateur au célèbre Apollo Theatre de Harlem et celui de l'Opera House de Harlem.
Chick Webb l'engage. Un jour, perdue dans le texte de Mr. Paganini, Ella Fitzgerald
se lance dans une improvisation faite de syllabes et d'onomatopées:
elle vient d'inventer le scat.
Sa spontanéité et sa sûreté rythmique en font une très remarquable musicienne.
Dans son chant, aucunes traces de la révolte plaintive du blues. Simplement,
une présence joyeuse et chaleureuse qui fait merveille dans les ballades
et standards du jazz.
L'ambitus de sa voix (deux octaves et demi), sa virtuosité rythmique et sa justesse
sont exceptionnels. Les amateurs admirent une éblouissante technique, une fantaisie poétique, un swing souple et grâcieux...
Consécration suprême, elle chante en 1947 au Carnegie Hall de New York.
et au Metropolitan Opera en 1957.
Ella Fitzgerald & Duke Ellington
De gauche à droite, Illinois Jacquet, Ella Fitzgerald,
Count Basie, Buddy Rich, Roy Eldridge (tous trois assis),
Charlie Ventura (debout);
à l'extrême droite, une personne non identifiée.
Cette photographie a été prise au milieu des années 1950.
LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE
Les similitudes entre la première et la seconde guerre mondiale sont frappantes: les deux conflits mondiaux donneront un coup de fouet à l’économie et au développement des Etats-Unis. La seconde guerre mondiale sera tout simplement l’avènement des Etats-Unis en tant que super-puissance mondiale. A la fin de la guerre, une ère de renouveau s’ouvre, une période d’opportunités et de changements… auquel le jazz n’échappera pas.
Comme nous l’avons expliqué, les ensembles de jazz swing sont composés d’un grand nombre de musiciens.
Il devient très difficile pour ces groupes de faire leurs tournées dans ce contexte de guerre, d'autant plus
que les musiciens n’échappent pas à la mobilisation. Les préoccupations de la nation et du public sont également tournées vers l’effort de guerre ... C'est ainsi que le swing amorce son déclin.
LE REVIVAL
Mouvement conservateur formé de critiques, de spécialistes, d'amateurs d'un certain âge qui souhaitent un retour
aux sources authentiques du jazz New-Orleans: "la forme archaïque jailliie du coeur, des tripes des opprimés,
non corrompue par la civilisation matérialiste..."
really the blues - Ladnier
Le Revival rassemble:
- des vétérans déphasés qui suivent la tradition et n'ont jamais cessé de jouer cette musique,
ils sont influencés par l'ODJB
- des étudiants blancs qui recherchent de documents et enregistrements anciens, pour recréer
l'atmosphère de la Nouvelle Orléans. Ils sont influencés par les orchestres noirs de l'époque:
King Oliver et Jelly Roll Morton...
- des professionnels qui n'ont jamais décroché, comme Armstrong et Sidney Bechet ...
when the saints
louis armstrong
Tous souhaitent retrouver la spontaneïté et la sincérité du jazz New Orleans: une musique gaie, saine et sereine.
I've found a new baby - Sidney Bechet
CHICAGO APRES LA GUERRE: CAPITALE DU BLUES
La guerre, entraîne une nouvelle émigration noire vers les centres industriels (Chicago, Detroit, les chantiers navals
de la Californie), et provoque une prise de conscience chez les nombreux soldats noirs de l'armée américaine.
La fermeture pendant deux ans (1943-1945) des studios d'enregistrement, l'apparition d'un nouveau matériel, de nouvelles techniques (bandes magnétiques, chlorure de vinyle, 45-tours), l'essor des juke-boxes, des maisons de disques indépendantes et des stations de radio, vont modifier radicalement la scène du blues.
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Chicago, avec son ghetto,
ses studios et sa tradition,
abrite une foule de musiciens résidents ou de passage,
qui créeront cette forme superbe, violente et désespérée:
le Chicago blues
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Avec son petit orchestre par lequel les plus grands passeront, Muddy Waters sert de modèle,
aux Noirs comme aux Blancs:
Jimmy Reed, les harmonicistes Little Walter, Big Walter Horton, le contrebassiste et compositeur Willie Dixon,
les pianistes Otis Spann, Little Brother Montgomery, Sunnyland Slim, le batteur Fred Below...
que suivront Otis Rush, Magic Sam, Buddy Guy, Junior Wells...
tandis que montent de Memphis Howlin' Wolf, et d'Arkansas Sonny Boy Williamson II (Rice Miller).
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Buddy Guy
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Muddy Waters &
Sonny Boy Williamson
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Howlin Wolf
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Tous les styles alors coexistent, marqués par les particularismes locaux:
communautés d'interprètes où les échanges sont permanents, mais aussi individualités marquantes
dont la singularité engendre un style ou un courant (B.B.King, Lonnie Johnson)...
B.B.King
Le blues est partout, dans les villes et dans les campagnes, mais se voit bientôt, comme le jazz,
voler son statut de musique populaire par le rhythm and blues, vaste champ musical d'abord hétérogène,
que le marché et son industrialisation vont rapidement cadrer.
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