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HISTOIRE DU JAZZ
III CHICAGO (1917/1926) : LE JAZZ ANCIEN / NEW-YORK : LE STYLE DIXIELAND
CHICAGO
En 1917, la fermeture officielle des quartiers réservés, les ghettos, marque la fin de la grande époque de Storyville, berceau du jazz à La Nouvelle Orléans.
Les populations défavorisées, principalement les noirs, migrent vers les villes industrialisées du nord en quête d'emplois mieux rémunérés. Emportant avec eux leur musique, le jazz, encore ignoré sur le reste du continent, ils donnent naissance au blues urbain, dont Chicago constitue un des principaux centres.
les riverboats transportaient les migrants
jusque dans les grandes villes industrialisées du Nord
Les noirs à Chicago sont indépendants, plus aisés. Les musiciens se produisent principalement dans les bars où le public est venu pour consommer (boire surtout, mais aussi manger): il est indifférent à la musique.
le jazz dans les années 1920
EVOLUTION DE L'INTERPRETATION
La musique semble être influencée par la "loi de la jungle" qui règne à Chicago en prise à la prohibition
et à la contrebande. Le jazz devient plus dur, plus cassant. Les musiciens jouent de manière plus mécanique.
Le trombone est remplacé par le sax ténor, ce qui oblige la clarinette à rester dans l'aigu.
damp weather - J.&C. Astoria
Le style des chanteuses de blues se rapproche de plus en plus du jazz instrumental
et s'éloigne du chant rural (le worksong).
young woman's blues - Bessie Smith
KANSAS CITY
C'est dans cette ville que se développe le boogie-woogie, apprécié des danseurs pour son caractère obsessionnel.
Il s'agit d'un genre pianistique dérivé du blues chanté, et de la technique d'accompagnement à la guitare. C'est avant tout un exercice de virtuosité et d'improvisation: la main gauche représenterait le bruit du train qui évoque l'exil vers
le nord, et la main droite représenterait pour sa part le rythme quotidien trépidant des grandes villes industrielles...
Le boogie est construit en variations simples et de rythmes en syncopes.
hamps boogie woogie - Milt Buckner
Ce genre sera considéré comme la forme primitive du rock'n'roll.
1917: LE DEBUT DE L'HISTOIRE DU JAZZ: LE STYLE DIXIELAND
Encouragés par la mafia, ce sont les blancs qui tiennent alors le haut du pavé
de la scène jazz, sous la forme du Dixieland. Déjà, à la Nouvelle Orléans,
des jazzmen blancs se sont imposés profitant des lois de ségrégation raciale.
L'Original Dixiland Jazz Band, créé par Nick La Rocca en est un bon exemple.
ODJB
C'est d'ailleurs le premier enregistrement effectué à New-York par l'O.D.J.B. qui matérialise le début de l'histoire du jazz.
clarinet marmelade - ODJB
Parmi les pionniers blancs du jazz, citons le trompettiste Leon Bix Beiderbecke.
Envoyé à Chicago par sa famille, il ne tarde pas à se produire en public et connaîtra la gloire
en 1927, l'année où il joue au sein du Frankie Trumbauer Orchestra.
Très influencé par l'impressionnisme français son jazz, n'est pas la simple copie par un Blanc
de la musique inventée par les Noirs, mais sa réinterprétation avec une sensibilité occidentale,
toute référence à l'Afrique se trouvant brusquement vidée de sens.
Beiderbecke doit beaucoup à Oliver et à Armstrong, mais il a apporté à la musique négro-américaine une qualité de lyrisme — poétique, méditatif, désenchanté. Par le romantisme nostalgique, par sa sonorité moelleuse, un peu mate dans certaines improvisations,
Bix peut être considéré comme un précurseur du style cool des années cinquante.
I'm wondering who - L.Bix Beiderbecke
LES ARTISTES DE JAZZ ANCIEN
Le Creole Jazz Band de King Oliver, dans un studio d'enregistrement à Chicago, vers 1920.
De gauche à droite, Johnny Dodds, Warren «Baby» Dodds, Honoré Dutrey, Louis Armstrong,
King Oliver, Lil Hardin et Bill Johnson.
C'est d'ailleurs au cours de l'une des séances d'enregistrement qu'Armstrong impose la trompette à la place de soliste dans un orchestre de jazz.
King Oliver développe le solo instrumental, et utilise un contrepoint
où toutes les dissonances sont permises.
sweet lovin man - King Oliver Jazz Band
Louis Armstrong
Morton Joseph Ferdinand La Menthe, dit Jelly Roll Morton (1885 ou 1890-1941),
pianiste de ragtime et fin technicien, fut parmi les premiers compositeurs et arrangeurs du jazz.
Il a un goût prononcé pour la musique écrite, organisée, sans pour autant renier l'improvisation.
twistle twist - Jelly Roll Morton trio
Le pianiste Américain Earl Hines (1905-1983) arrive à Chicago en 1922
et se fait un nom à l'Elite, à l'Entertainer's cafe, au vendome theater.
Il rejoint le hot five de Louis Armstrong en 1927.
LES ARTISTES DE BLUES
Le blues trouve son terreau le plus fertile et ses musiciens essentiels dans les États du Sud, pauvres et paysans. Chanteurs polyvalents (songsters), attachés à la terre ou itinérants, ils lui donnent son expression musicale
et thématique, la liant au lieu, au terroir et à l'environnement, son climat économique, social et relationnel.
Le delta du Mississippi passe pour le berceau du blues et produit une forme pure, puissante, lancinante et incantatoire.
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Le blues entre sur le marché du disque avec Crazy Blues gravé à New York
en février 1920 par Mamie Smith. Celle-ci n'est pas la première Noire à enregistrer,
mais son immense succès amène les compagnies phonographiques à créer pour
le public noir, des séries spéciales et bon marché, appelées «colored»
puis «race record».
Près de sept mille disques de blues, de spiritual, de gospel et de jazz seront publiés
de 1920 à 1940, où disparaît le terme devenu infamant de « race », remplacé par
celui de rhythm and blues (la musique noire enregistrée par des Noirs pour des Noirs).
La chanteuse Bessie Smith (1898?-1937), surnommée l'«impérartrice du blues»
est la première chanteuse noire à connaître le succès auprès du public blanc.
Ses qualités vocale (puissance, chaleur, expressivité) sont servies par un sens
du tragique fruit d'une existence malheureuse dans les ghettos.
St Louis Blues - Bessie Smith
Mississippi John Hurt (1892 ou 1893-1966) commence au banjo puis passe
à la guitare: c'est un virtuose du fingerpicking utilisé dans le ragtime.
Son jeu est fluide et sa voix douce contrastent avec le style des blusmen
du Mississippi. Il enregistre une oeuvre remarquable à New-York en 1928
puis se retire au sein de sa famille nombreuse, vivant de travaux agricoles,
la musique n'occupant plus qu'une place anecdotique dans sa vie.
you got to walk that lonesome valley
John Hurt
Le chanteur et guitariste Robert Johnson (1911-1938)
est un des maîtres du blues du Delta du Mississippi.
Ses compositions sont sombres et dramatiques.
Grand buveur et coureur invétéré, il est mort empoisonné à cause d'une histoire de femmes.
crossroad - Robert Johnson
L'harmoniciste John Lee Williamson, dit «Sonny Boy» Williamson (1914-1948)
est le créateur du chicago blues: il mélange l'âpreté du blues sudiste au swing des orchestres
de jazz de memphis (harmonica, guitare électrique, piano, basse, batterie). Il est assassiné
dans une ruelle de chicago en 1948.
Sonny Boy Williamson
Le voisinage d'autant de talents confère à Chicago la réputation de "capitale du jazz".
Titre qu'elle conserve jusqu'à l'avènement de la scène de New York.
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