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UNE HISTOIRE DE PIANO
Je ne pouvais pas voir un piano sans avoir envie de jouer les seules notes que je connaissais:
"do do do ré mi ré do mi ré ré do". Quand j'avais l'occasion d'effleurer les touches je me sentais bien,
mais il m'a fallut attendre quelques dizaines d'années pour enfin m'offrir les leçons qui m'amèneraient
à jouer autre chose que "au clair de la lune", et maîtriser l'instrument.
Lorsqu'il a fallut me procurer un piano, je me suis trouvée devant un grand point d'interrogation :
Quel piano choisir?
Il y en avait des dizaines de sortes : des droits, des à queue, des demi-queue, des numériques, etc...
C'est alors que je me suis penchée sur la fabrication du piano et que j'en suis arrivée à vouloir connaître son histoire...
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psaltérion
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Différents instruments à clavier existaient sous diverses formes, dès le XVème siècle: instruments à cordes pincées comme le psaltérion ancêtre du clavecin et du clavicorde.
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cymbalum
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Avant 1425 des clavecins rudimentaires ont été utilisés mais c'est à cette époque que l'on trouve la trace des premières représentations d'instruments à cordes et à clavier sur une sculpture du retable de la cathédrale de Minden en Allemagne.
clavicorde |
Au XVIème siècle les instruments à clavier et à cordes sont très répandus en Europe, le clavicorde est joué dans les églises et les écoles car peu coûteux alors que le clavecin (à cordes pincées) est l'instrument des cours royales.
Au XVIIème siècle la musique vocale connait un grand développement, le clavecin et le clavicorde ont un trop petit volume sonore donc, sont d'une utilité limitée pour accompagner cette nouvelle musique.
En 1700, Bartolomeo Cristofori fabricant d'instruments met au point un nouvel instrument à clavier et cordes frappées qui combinerait le potentiel expressif du clavicorde et la sonorité et le volume du clavecin qu'il appelle "gravicembalo col piano forte". C'est la naissance du piano.
Le piano devient très vite populaire mais il faut l'améliorer car il n'a pas le contrôle dynamique du clavecin. En 1774, Voltaire le qualifiait d'instrument de chaudronnier en comparaison du clavecin.
Au milieu du XVIII ème siècle les ateliers
continuent à fabriquer tous les types
d'instruments à cordes et à clavier.
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Cithare double du XVIII
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♦ Vers la fin du XVIIIème siècle le pianoforte progresse rapidement.
Des tentatives de créations ont lieu, par exemple un instrument de 2,75 m de longueur
(les pianos actuels mesurent entre 1,45 et 1,55). Pour jouer de ce piano, le virtuose sautait
d'une extrémité à l'autre. Louis XIV, à qui cet instrument avait été présenté, le nomma le pantaléon.
Plusieurs facteurs ont revendiqué l'invention du piano comme Jean Marius en 1716 qui présenta un projet "révolutionnaire" qui, sans la protection d'un privilège royal ne fut jamais réalisé.
En 1738 Christoph Gottlieb Schröter prétendit avoir produit deux maquettes qui n'ont jamais été retrouvées.
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En 1688, engagé à la Cour des Medicis pour s'occuper des instruments de musique, Bartoloméo Cristofori améliorera les performances des instruments
à clavier et cordes frappées. Il aurait fabriqué une vingtaine de pianoforte.
On peut donc lui attribuer l'invention du pianoforte, constamment amélioré
et modifié pendant plus d'un siècle pour en arriver au piano d'aujourd'hui.
Son invention ne fût pas bien acceptée en Italie, son pays d'origine,
plus conçue pour la musique de chambre que pour le chant et l'opéra
aux dires des puristes de l'époque...
En 1711 Scipione Maffei journaliste au "Journal des lettres d'Italie" publia
un article qui décrivait l'invention de Cristoferi, ce qui la fit connaître dans
toute l' Europe: le roi du Portugal, enthousiasmé, acheta un grand nombre
de piano-forte, dont la popularité grandit encore, notamment chez les
chanteurs comme Farinelli.
Les piano-forte furent fabriqués en grande quantité remplaçant les clavecins.
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piano-forte de Cristoferi (1726)
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♦ Les claviers antérieurs au piano-forte sont les clavecins, l'orgue et le clavicorde.
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clavecin
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grandes orgues
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épinette
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A la suite de la guerre de 7 ans en Saxe, une douzaine de facteurs de piano se sont exilés
en Angleterre, apportant leur savoir-faire:
♦ c'est ainsi que naquit la fabrication des pianoforte en Grande Bretagne.
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clavicorde
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En Angleterre, Zumpe s'inspire du clavicorde pour créer un
nouveau piano: "le piano carré".
Moins cher et beaucoup plus rapide à fabriquer que les clavecins,
les facteurs d'instruments produisent ces pianos carrés en grande
quantité que les facteurs de pianoforte à queue ne peuvent atteindre.
A la fin du XVIII ème siècle le piano carré est à son apogée
mais le vœu d'une étendue plus grande et d'un son enrichi
demandent encore des améliorations.
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Toujours en Angleterre, à Londres vers 1770, Americus Backers d'origine hollandaise,
imagine un piano-forte à queue inspiré du modèle de Cristofori :
- Une table d'harmonie cintrée,
- Des cordes plus épaisses (3 par note),
- De fines têtes de marteaux pour frapper les cordes aigües à leur extrémité (son plus plein).
- 2 pédales remplaçant les genouillères (effet forte et una-corde)
Ce mécanisme fut critiqué.
piano-forte de Stein (1790 |
Parallèlement en Allemagne, à Augsbourg, à la même période
Johann Andrea Stein fabriquait des "pianos viennois":
- Renforcement du barrage et de la structure porteuse,
- Marteaux plus lourds,
- Léger (1/10 d'un grand queue actuel),
- 2 cordes par note,
- Une table d'harmonie unie et plate,
- Des marteaux recouverts de cuir
(son exceptionnel, égal et léger amorti par des étouffoirs)
Ce nouveau mécanisme est très apprécié par de nombreux
compositeurs dont Mozart.
Dans les années 1790, un facteur viennois Anton Walter
améliorera la conception de Stein.
- Renforcement du barrage et de la structure porteuse,
- Marteaux plus lourds,
- Améliorations apportées à la répétition dans la mécanique,
Mais, l'utilisation du double échappement par tous les autres facteurs
de pianos l'a rendu obsolète dans les années 1920.
♦ LE PIANO A QUEUE
L'expression "Grand piano-forte" remonterait à la 2ème moitié du XVIIIème siècle,
mais c'est grâce aux inventions de Sébastien Erard que le piano à queue devient
l'instrument favori des compositeurs du XIX ème siècle.
La mécanique des frères Erard est la base des pianos fabriqués aujourd'hui.
Toujours en recherche de perfection, les améliorations se développent en 1840.
Anton Bord dépose un brevet pour une barre harmonique et Jean Louis Pape
(employé à la fabrique Pleyel) développe une garniture de marteau en feutre dense
composée de poils de lapin et laine d'agneau.
Il faudra attendre l'année 1800 pour que le cadre du piano jusque là, en bois, voit se
profiler un cadre métallique complet dans une caisse d'ébénisterie.
En 1876 Théodore Steinway créé le grand piano moderne de concert "Centeminal Concert Grand"
qui remplaçait le modèle à cadre métallique présenté à l'exposition universelle de Paris en 1867.
Ce grand piano désormais adopté partout, entrainera une standardisation des mécaniques, toutes
émanant de la création des frères Erard.
mécanisme de piano à queue
♦ LE PIANO DROIT
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Il sera fabriqué plus tard. Le piano carré, populaire et moins couteux ne demandera que peu d'améliorations.
Verticale à son origine, la table d'harmonie fut améliorée pour lui donner
une forme symétrique.
La fin du XVIII voit apparaître de nouvelles formes de piano
comme le piano-girafe ou encore le piano-lyre dont la table d'harmonie est verticale. Bien que le meuble soit de toute beauté, la hauteur de ces pianos est un handicap.
En effet, l'architecture Française des appartements en construction ne permet plus, ou que très rarement, la présence de piano à queue ni même de piano carré. Il faut penser autrement.
C'est alors que la maison Pleyel créé des pianimos.
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Les années 1830 voient le marché européen envahi par les pianos carré et droit.
Pendant la deuxième moitié du XIXème siècle les facteurs américains se mettent à produire
des pianos droits moins esthétiques mais plus faciles à placer dans le nouveau mode de vie de l'époque.
Au XX ème siècle le piano droit devient la seule solution de remplacement du piano à queue.
mécanisme de piano droit
♦ COMPOSITEURS ET PIANOS : RECHERCHE DE L'HARMONIE PARFAITE
1747 : Johann Sébastien BACH
"le vieux BACH", ainsi appelé avec respect et affection alors qu'il avait 52 ans, fût invité par Frédéric le Grand pour essayer les 15 pianos de la Cour. Le compositeur accepta et improvisa sur le dernier instrument une fugue à six voix restée célèbre. Sa facilité à jouer alors sur un instrument si radicalement différent de l'orgue, du clavicorde et du clavecin auxquels il était accoutumé montre qu'à ce moment, il avait acquis la pratique de la mécanique Silbermann auquel en 1749 il demanda encore quelques améliorations de l'instrument.
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1775 : Wolfgang Amadeus MOZART
En 1777, Mozat donne un concert public sur un pianoforte: il écrit à son père:
« Avant que j'eusse vu une de ses fabrications (instrument de Johann Andréus Stein) les claviers de Spath avaient toujours été mes favoris. Mais maintenant je préfère ceux de Stein, car les étouffoirs sont toujours infiniment supérieurs... ; de quelque façon que je frappe les touches, le son est toujours égal ».
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1795 : Joseph HAYDN
A 63 ans, il achète un piano à queue équipé d'un clavier à cinq octaves et demie et d'une mécanique anglaise,
et, dans une lettre à Madame Von Genzinger, pour qui il a composé la sonate Hob XVI,49, il écrit:
« C'est seulement dommage que votre grâce ne possède pas un fortepiano Schantz sur lequel tout sonne mieux,
ses pianoforte sont d'un toucher particulièrement léger et la mécanique en est fort agréable ».
Il va en jouer jusque dans ses dernières années, avant de revenir au clavicorde parce que le piano-forte
était (sic) « Trop fatigant pour mes nerfs ».
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1796 : Ludwig Van BEETHOVEN
Jusqu'en 1800, le compositeur jouait sur un piano Walter, ne possédant pas de piano-forte Streicher mais
l'empruntant pour ses concert, il écrit une lettre au facteur de piano Streicher:
« je vous assure en toute sincérité que c'est la première fois où j'ai eu du plaisir à entendre jouer mon trio.
En vérité, cette expérience va ma décider à composer davantage pour le piano-forte ».
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1825 : Franz SCHUBERT
Satisfait des pianos produits à Vienne il écrit : « J'ai joué mes variations avec un certain succès, puisque plusieurs personnes m'ont dit que mes doigts avaient transformé les touches en voix chantantes. Si cela est vrai, j'en suis vraiment charmé, car je ne puis supporter d'entendre le martèlement épouvantable qui est le propre des pianistes même les plus remarquables, et qui ne plaît ni à l'oreille ni à l'esprit ».
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1810/1849 : Frédéric CHOPIN
Sa relation avec l'instrument était ambigüe et souvent frustrante il disait parfois « lorsque je me sens en bonne forme et assez fort pour trouver ma sonorité propre, j'ai besoin d'un Pleyel ». En parlant de son piano Erard il disait « Vous pouvez le frapper et lui donner des coups de poing, il ne fait aucune différence: le son est toujours beau et l'oreille ne demande rien d'autre, puisqu'elle entend une tonalité pleine et résonante ».
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1850 : Franz LISZT
Ne se limite pas à une seule marque ou type de piano. Il utilise des pianos construits par les facteurs locaux.
Il écrit au facteur Erard (qui lui avait donné son nouveau piano à queue seulement breveté): « Il est de mon devoir
de ne pas gêner l'essor des industries locales et nationales ». C'est ainsi qu'il joue à Vienne sur des pianos de graf et de Streicher; en Angleterre sur des Broadwood; dans le Sud de la France, en Espagne et au Portugal sur des Boisselot. Le compositeur s'adapte à tous les instruments mais sa puissance ne laisse à la fin d'un concert aucun piano en état. Il faut réaccorder tout au long du spectacle. Les faits étant connus, avant chaque spectacle un stock de pièces détachées de rechange sont prêtes au cas où... La réputation de Liszt arrivant jusqu'au public, celui-ci se sent frustré si le piano tient le coup jusqu'à la fin du concert.
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1864 : Johannes BRAHMS
A propos d'un piano Streicher, de facture viennoise, il écrit à Clara Schumann: « J'ai reçu de Streicher un piano à queue magnifique, sur lequel m'exercer. Il a voulu partager avec moi sa perfection ». Brahms n'aura que deux pianos de toute sa vie. Le premier étant le Conrad Graf des Schumann qui lui avait été donné par Clara à la suite du Décès de Robert et le 2ème lui a été offert par la firme Streicher.
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♦ Quelques instruments à l'origine du piano ou de sa famille actuelle:
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celesta
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piano mécanique (1900)*
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* photos: instrumentiq.com (autorisation de publication du 7.10.2009)
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harmonium
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piano-billard*
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ondioline
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synthetiseur
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♦ CONCLUSION
Nous ne pouvons que nous réjouir d'avoir eu par le passé des inventeurs, créateurs, portant leurs idées jusqu'à la perfection, mais il a fallut tout de même chercher, retravailler, modifier, améliorer pendant des siècles pour
parvenir à concevoir les instruments que nous utilisons aujourd'hui.
Et maintenant que je connais un peu mieux le piano, il me reste à choisir le mien.
Dommage que je n'ai pas de place pour m'offrir un piano à queue (le rêve est un bon moteur !!!),
ce sera donc un piano droit. Oui, mais: classique ?, numérique ?, avec toucher sensible ?,
un peu plus nerveux ?, quelle en sera la marque ?, la couleur ?, le prix ?.....
Denise Aiguier
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